Arménie : l’envol d’un vignoble millénaire, malgré les menaces aux frontières

Journal Sud-Ouest
Par Jean-Charles Gallacy, à Erevan et Areni
Publié le 21/10/2023

Dans un contexte géopolitique tendu, l’un des plus vieux vignobles au monde, au bord de l’effacement sous le joug soviétique, se reconstruit une aura internationale

Le Machanents Art Hotel, à Etchmiadzin, affiche ses propres cuvées : autour de 13 millions de bouteilles ont été produites en 2022, en Arménie. © Crédit photo : Jean-Charles Galiacy

Sur les hauteurs de Rind, à une centaine de kilomètres de la capitale Erevan, son interminable mât semble inébranlable. À une petite heure de marche de la frontière azerbaïdjanaise, les barres rouge, bleu et jaune orangé du drapeau national s’agitent aux chaleureuses sautes de vent de l’été indien. La « tendre Arménie », comme chantait Aznavour, « son sol sillonné par des cicatrices », « 1 000 fois ravagée mais qui renaissait pure », est confrontée de nouveau aux tourments d’une possible guerre avec les Azéris. Mais la plus ancienne nation chrétienne de la planète a aussi retrouvé foi dans son vieil élixir : le vin est redevenu la fierté du pays.

La Saryan Street, à Erevan, déverse chaque soir jusque sur le trottoir son lot de touristes venus siroter les nectars locaux. Le géant mondial du verre à vin Riedel a imaginé une coupe spécialement dédiée à la dégustation de l’areni noir, le cépage emblématique. La production nationale, 13 millions de bouteilles en 2022, enfle d’année en année.

Si l’Arménie compte autour de 300 cépages autochtones, dont le merveilleux areni noir, des variétés bordelaises sont également plantées dans les régions viticoles. © Crédit photo : Jean-Charles Galiacy

Découpé à la serpe

Mis à mal au cours de son histoire, le vignoble arménien s’est relevé, à chaque fois. En partie détruit au cours du règne séfévide au XVIIIe siècle, arraché lors de l’occupation turque en 1918, on a bien cru le perdre, définitivement, du temps de l’Union soviétique, lorsque Moscou a découpé à la serpe ses territoires pour les productions agricoles : celle du vin allant à la Géorgie, laissant à l’Arménie celle du brandy. « Notre vin était dans le coma, livre Samvel Machanyan, vigneron à Etchmiadzin, à une vingtaine de kilomètres d’Erevan. Ses plantations étaient proches de l’anéantissement avant de renaître il y a une quinzaine d’années. À l’époque, il devait rester entre cinq et dix propriétés dans tout le pays : aujourd’hui, nous en comptons 175. »

À Areni, au début de l’automne, de nombreuses familles proposent leur petite production en bord de route : du vin à base de grenades ou de raisins ainsi que des poivrons. Jean-Charles Galiacy

L’histoire de cette reconquête s’amorce dans un coin un peu paumé, à Areni, une petite bourgade d’environ 2 000 habitants, située à une heure et demie au sud d’Erevan. Une équipe d’archéologues y a découvert en 2007, dans les recoins d’une grotte, les vestiges d’un chai de vinification de 6 100 ans, propulsant le vignoble arménien comme l’un des plus anciens au monde. Près de vingt ans plus tard, la marque Karas, s’érigeant sur six millénaires d’histoire, s’affiche sur une bouteille géante à la sortie de l’aéroport international de Zvartnots quand le vignoble Trinity Canyon Vineyards commercialise des cuvées « 6 100 » en rouge, blanc ou rosé à travers le monde.

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