Le rôle trouble de l’Azerbaïdjan sur la scène mondiale

Une semaine après le début des violences en Nouvelle-Calédonie, la situation reste tendue, des routes sont toujours bloquées, l’aéroport fermé. Au niveau international, la crise sur ce territoire français du Pacifique, suscitée par une réforme de la loi électorale, a fait monter d’un cran les tensions entre la France et l’Azerbaïdjan, qui est accusé d’instrumentaliser les griefs des indépendantistes et de participer à des campagnes massives de désinformation. Ce n’est pas la première fois que le rôle trouble de l’Azerbaïdjan est démontré. De la « diplomatie du caviar » aux campagnes des hackers informatiques, c’est une guerre hybride qui se déroule, estime Tigrane Yégavian, chercheur au Centre français de recherche sur le renseignement, spécialiste du Caucase.
Décryptage
Entretien publié le 21/05/2024 sur rfI
Par : Juliette Gheerbrant

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, aux côtés du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev lors de la signature d’un accord sur les livraisons de gaz à l’UE, le 18 juillet 2022. © Commission européenne

RFI : Que veut réellement l’Azerbaïdjan ?

Tigrane Yégavian : L’Azerbaïdjan, en exerçant cette guerre hybride contre la France, poursuit deux objectifs. Le premier consiste à déstabiliser la France en interne, en utilisant un outil d’ingérence dans son talon d’Achille qui est l’outre-mer et plus précisément la Nouvelle-Calédonie. Et elle le fait en mesure de rétorsion contre la politique pro-arménienne de Paris face à l’Azerbaïdjan qui occupe déjà plusieurs portions de territoire arménien, mais qui menace de poursuivre son agression contre l’Arménie. C’est donc la première réponse de Bakou. Le deuxième objectif s’inscrit dans un cadre plus large : le régime dictatorial azerbaïdjanais a, depuis plusieurs années, endossé le leadership du groupe des non-alignés aux Nations unies. C’est dans cette optique que le pays pratique un énième volet de son influence, en se positionnant en champions du tiers-monde, mais il le fait de façon extrêmement opportuniste, voire hypocrite, pour deux raisons : la première parce que l’Azerbaïdjan est lui-même un État colonial qui a envahi le Haut-Karabakh, qui a colonisé cette région qui est une région historiquement arménienne. La deuxième, c’est que l’Azerbaïdjan, cela ne vous a pas échappé, ne s’en prend pas aux Britanniques, il ne s’en prend qu’aux Français. Alors qu’il y a aussi sûrement des soucis dans le Commonwealth anglais, mais Bakou a un partenariat avec le Royaume-Uni.

Est-ce qu’on peut parler de rapprochement de l’Azerbaïdjan avec Moscou ?

L’Azerbaïdjan pratique ce qu’on appelle le multi-alignement. Un peu comme les Indiens. Le pays, pour des raisons opportunistes et géostratégiques, est très proche de la Turquie, avec lequel il a une langue en commun, une idéologie en commun. Mais il s’est beaucoup rapproché de la Russie, surtout à l’aune du conflit en Ukraine, puisque c’est par l’Azerbaïdjan que transitent les exportations d’hydrocarbures russes qui contournent les sanctions internationales. Donc, il y a une interdépendance croissante. Et y a aussi une familiarité en termes de régime politique, puisque la famille au pouvoir en Azerbaïdjan, les Aliev, sont de purs apparatchiks du pouvoir soviétique qui tiennent le pays en coupe réglée depuis les années 1960. L’Azerbaïdjan et la Russie travaillent de concert en France et en Afrique francophone pour déstabiliser la France. J’en veux pour preuve le mode opératoire des hackers azerbaïdjanais qui diffusent des fake news contre la France : sur les JO de 2024, les punaises de lit, les violences policières… Tout cela a été identifié comme une manœuvre conjointe avec les Russes. La Russie ménage le pays parce qu’elle a besoin d’emprunter son territoire pour exporter ses hydrocarbures, et en retour, les Russes ont accepté d’évacuer leurs troupes du Haut-Karabakh – où stationnait un contingent de maintien de la paix. Aujourd’hui, la Russie est plutôt en position de faiblesse, mais tout cela est fluctuant et éphémère : si la Russie retrouve sa puissance dans la perspective d’une victoire en Ukraine, il y a fort à parier que le rapport de force va changer. Mais la force des Azerbaïdjanais, c’est de « retourner le rapport de force ».

Dans ces relations, les enjeux sont importants également pour l’Union européenne ?

L’Europe est vraiment inaudible : d’un côté, on diabolise monsieur Poutine, qui est l’agresseur de l’Ukraine, et de l’autre côté, on utilise un partenaire soi-disant fiable – monsieur Aliev – qui nous vend du pétrole et du gaz (en grande partie en réalité du gaz russe). Et madame Ursula von der Leyen le qualifie de partenaire fiable alors qu’il s’est débarrassé de 99,9 % de la population arménienne autochtone. Donc, à un moment, il faut que l’Europe soit cohérente avec son discours humaniste et démocratique. Et qu’elle opère un train de sanctions pour freiner les velléités belliqueuses de monsieur Aliev Le problème, c’est qu’il y a un manque total de courage politique.

Est-ce que l’Union européenne peut se passer de l’Azerbaïdjan dans le domaine énergétique ?

Les importations azerbaïdjanaises d’hydrocarbures représentent grosso modo 3,5 %, voire 4 % de la consommation européenne, avec des variations d’un pays à l’autre. Donc ce n’est pas du tout équivalent à ce qu’on importe de Norvège ou d’Algérie, ce n’est pas le même volume. Sans oublier qu’il y a encore une grande partie de ces importations qui sont en fait du gaz russe qu’on paye plus cher. Il y a une vraie tartufferie de la part de l’Europe. Je pense qu’elle est en train de perdre son âme en se couchant devant un régime autoritaire et belliqueux comme l’Azerbaïdjan. Je m’étonne que Charles Michel félicite la réélection d’Ilham Aliev à 99 % des voix. Il aurait très bien pu s’abstenir de le faire, mais cela prouve à quel point on est décrédibilisé et c’est un vrai souci, parce que cela engage aussi l’avenir du projet européen et de sa cohérence. 

À lire aussi
Accents d’Europe – Tensions entre la France et l’Azerbaïdjan

Aliev, ce dictateur qui en veut à la France

L’autocrate d’Azerbaïdjan multiplie les opérations de déstabilisation de la France en Nouvelle-Calédonie et ailleurs. Enquête.
Par Guillaume PerrierLe Point Hebdo du 23 mai 2024

À Khankendi (Stepanakert, en arménien), Ilham Aliev célèbre, le 8 novembre 2023, le contrôle total du Haut-Karabakh après la guerre éclair de septembre 2023 qui a chassé la population arménienne de l’enclave. En arrière-plan, Nouméa, capitale de la Nouvelle-Calédonie, le 15 mai (photomontage).

Le drapeau de l’Azerbaïdjan flotte à Nouméa, aux côtés de celui de la Kanaky. Parmi les manifestants indépendantistes kanaks, certains portent ostensiblement des tee-shirts orange frappés du logo du Groupe d’initiative de Bakou (GIB). À la mobilisation du 20 mars, l’une des plus importantes de ces derniers mois, des militants brandissaient même le portrait en treillis, le poing tendu, d’Ilham Aliev, président autocrate de la république du Caucase, porté par une soudaine vague de popularité dans le Pacifique, à plus de 13 000 kilomètres de Bakou ! 

Lire la suite sur le site Le Point Hebdo

Antoine Agoudjian : une mémoire arménienne – Arte Reportage

ArteTV – 20 min – Disponible jusqu’au 27/07/2028
Réalisation Laure Isenmann
https://agoudjian.fr/

D’Erevan, en Arménie, où fut commémoré en 1989 le pogrom de Soumgaït perpétré par les Azerbaïdjanais, à Antioche dans les décombres de la basilique détruite par le séisme de 2023, Antoine Agoudjian a photographié son héritage mémoriel. Ce descendant de rescapés du génocide arménien commente pour ARTE une série de clichés où l’histoire percute l’actualité.

ArteTV – 20 min – Disponible jusqu’au 27/07/2028
Réalisation Laure Isenmann

https://agoudjian.fr/

ArteTV – Le dessous des images – Stepanakert la ville fantôme

ArteTV – 11 min – Émission du 06/03/2024 – Disponible jusqu’au 05/02/2029
Présentation Sonia Devillers

En septembre 2023, l’Azerbaïdjan lance une offensive éclair dans le Haut-Karabakh entraînant la fuite de l’ensemble de la population locale. Sur la place principale de la capitale, le temps semble s’être arrêté, seuls les objets demeurent pour dire ce qui n’est plus.  

Au lendemain de l’assaut azerbaïdjanais, la place de Stepanakert, capitale du Haut-Karabakh, révèle un décor postapocalyptique. Chaises disparates, poussettes renversées, vestes oubliées… : la place atteste du départ précipité de milliers de personnes. Le 2 octobre 2023, Osama Bin Javaid, envoyé spécial d’Al Jazeera à Stepanakert, capture ce paysage de désolation. Il nous raconte l’histoire de ce cliché surréaliste. Guillaume Yverneau, historien, analyse comment ces objets abandonnés, témoins de la catastrophe, possèdent une fonction mémorielle.

ArteTV – 11 min – Émission du 06/03/2024 – Disponible jusqu’au 05/02/2029
Présentation Sonia Devillers

Le mont Ararat – Émission de TV F2 diffusée jeudi 9 mai 2024 – 9h00

Avec la participation Jean-Pierre Mahé (historien), Philippe Sukiasyan (Historien), Astrid Artin Loussikian, Houry Varjabedian et Garo Derderian (Association ARAM à Marseille) et Marc Soukiassian (Alpiniste)

Replay sur FranceTV2

Cliquer sur l’image pour la vidéo

L’Ararat est selon les Écritures Saintes le lieu où l’arche de Noé s’est échouée après le déluge dans la Genèse. Saint Jacques de Nisibe a gravi au IVe siècle, une partie du mont et reçu, après une vision d’un ange, un morceau de l’Arche de Noé lui est apporté. Cette relique est toujours conservée à Etchmiadzine, le Saint Siège de l’Église Arménienne.

La Montagne située au cœur de l’Arménie historique est aujourd’hui située en territoire turc. Pourtant de l’autre côté de la frontière, en Arménie, c’est le symbole de la terre biblique chrétienne arménienne. Même pendant l’époque soviétique le blason de la république soviétique était l’Ararat !

Cette « montagne sacrée » est l’âme et la fierté des arméniens. Dans chaque foyer à travers le monde on en trouve une représentation. Ils l’appellent « le Massis ».

Quelle est l’histoire religieuse de cette montagne ? Que représente la symbolique de ce somment dans l’histoire et l’aujourd’hui du peuple arménien ? comment s’exprime son aspect populaire ? Que ressent un arménien lorsqu’il en fait l’ascension ?

Avec la participation Jean-Pierre Mahé (historien), Philippe Sukiasyan (Historien), Astrid Artin Loussikian, Houry Varjabedian et Garo Derderian (Association ARAM à Marseille) et Marc Soukiassian (Alpiniste)

Documentaire – du Jeudi 9 mai 2024 – 9h00 (horaire inhabituel) – France 2 – de Thomas Wallut et Guillaume Juherian (réalisation).

Entretien. « On n’a jamais vu un mouvement populaire comme celui-là en Géorgie »

À l’approche des élections européennes, le combat pour l’Europe se déroule de nouveau loin d’ici. Depuis quelques semaines, la Géorgie, qui a reçu le statut de candidat à l’UE il y a un an, assiste à un soulèvement civil contre son gouvernement pro-russe, défendant les aspirations européennes exprimées de longue date par la nation géorgienne. Des milliers de personnes descendent dans les rues pour protester contre la nouvelle loi qui désignerait toutes les ONG et les médias recevant des fonds de l’étranger comme des « organisations exerçant une influence étrangère », tout comme dans la Russie de Poutine, et qui mettrait ainsi fin au rêve européen de la Géorgie.

Charlie Hebdo – Mis en ligne le 6 mai 2024

Notre chroniqueuse Inna Shevchenko a interrogé Marika Mikiashvili, militante et membre de l’opposition, sur l’évolution de la situation en Géorgie, où les manifestations ne faiblissent pas.

Charlie Hebdo : Durant le week-end, des images impressionnantes ont été diffusées depuis les rues bondées de Tbilissi par les manifestants. Pouvez-vous nous décrire ce qui se passait dans la ville ?

Marika Mikiashvili : J’ai passé tout le week-end dans ces manifestations et je pense qu’il est devenu impossible de les arrêter. Comme elles se poursuivent depuis des semaines, le gouvernement a décidé d’annoncer un long week-end de Pâques dans l’espoir que de nombreuses personnes quittent la capitale. Mais les citoyens ont d’autres ambitions. Parallèlement au rassemblement devant le parlement, où se déroulent habituellement toutes les manifestations en Géorgie, un grand groupe de manifestants a bloqué la place des Héros à Tbilissi, où ils ont été attaqués par la police.  Des milliers de personnes ont commencé à marcher vers la place des Héros pour les soutenir. Cela a entraîné un blocage total de la ville.

Nous avons crié : « Toutes les routes doivent être bloquées, sauf la route vers l’Europe ! » Vous voyez, le mouvement contre le gouvernement est maintenant très large, il est décentralisé et autonome. On n’a jamais vu un mouvement populaire comme celui-là en Géorgie.

J’ai remarqué que de nombreux manifestants utilisaient des symboles nationaux ukrainiens. Peut-on parler d’un Maïdan géorgien ?

C’est une comparaison naturelle pour vous c’est vrai, mais en Géorgie, nous évitons ce genre de comparaisons, car elles permettent à la propagande gouvernementale de montrer les manifestants comme des provocateurs qui cherchent le sang et la guerre.

Mais pour ce qui est des drapeaux ukrainiens brandis dans nos manifestations, il y a une explication très claire : 87 % des Géorgiens déclarent que la guerre qui a lieu en ce moment en Ukraine est aussi notre guerre. De nombreux Géorgiens se battent actuellement en Ukraine. Nous savons tous que le sort de la Géorgie se jouera également sur le front ukrainien. Nous sommes tous ensemble dans ce combat, contre un seul ennemi.

Pourtant, l’ennemi des Géorgiens qui manifestent est au pouvoir du pays…

Le parti Rêve Géorgien n’a pas été élu par les citoyens en tant que parti pro-russe, et les Géorgiens ont clairement et massivement exprimé leur volonté de rejoindre l’Union européenne depuis un certain temps déjà. Le gouvernement a prétendu faire tout ce qui est en son pouvoir en ce sens. Ce n’est que lorsque la Russie a envahi l’Ukraine que le parti Rêve Géorgien a explicitement commencé à tenir un discours anti-occidental et anti-ukrainien.

Ils nous menacent bien sûr en disant que la Géorgie peut devenir un deuxième front de guerre et qu’ils sont les seuls à pouvoir assurer la paix. Bien sûr, la population s’inquiète de cet argument, d’autant que nous avons connu plusieurs guerres avec la Russie au cours des trente dernières années. Pourtant, nous sommes tous conscients que ce que le parti au pouvoir appelle la « paix » consiste, en réalité, à nous vendre à la Russie. La Géorgie est en train d’être cédée à la Russie. Ce n’est pas ça, la paix, pour les Géorgiens.

Comment expliquer que le soulèvement se soit produit après le vote de la loi sur les agents étrangers ?

L’année dernière, ils ont déjà essayé de présenter une loi sur les agents étrangers [qui désignerait toutes les ONG et les médias recevant des fonds de l’étranger comme des « organisations exerçant une influence étrangère » N.D.L.R.] au Parlement. Les Géorgiens sont des manifestants plutôt timides, tout le monde a donc été surpris de constater que les gens descendaient soudain d’eux-mêmes dans la rue. Le gouvernement a été surpris et nous aussi, les partis d’opposition.

Vous savez, les Géorgiens ont cette caractéristique que nous appelons l’intuition nationale. Nous avons immédiatement compris que cette loi allait mettre un terme à notre trajectoire européenne et c’est pourquoi la population a su qu’elle devait se mobiliser.  En ce sens, il s’agit presque d’un coup d’État constitutionnel commis par le parti Rêve Géorgien. L’article 78 de la Constitution géorgienne stipule que tous les niveaux de l’autorité géorgienne doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour faire avancer la Géorgie sur la voie de l’intégration à l’Union européenne. Lorsque les cadres constitutionnels sont bafoués par le gouvernement, le peuple doit réagir.

Au-delà des similitudes avec la législation sur les agents étrangers qui existe en Russie, qu’est-ce qui fait de cette loi, comme l’appellent les Géorgiens, une « loi russe » ?

La Russie marque ainsi son territoire, sa zone d’influence. L’année dernière, le gouvernement géorgien n’a pas réussi à faire passer cette loi, mais elle a été adoptée en Serbie, au Kirghizstan et dans les territoires occupés par la Russie, en Abkhazie. Il est vital pour la Russie de contrôler la Géorgie afin de contrôler les Caucase et d’éliminer l’influence occidentale de la région.

Il y a un an, notre gouvernement prétendait que cette loi était une question de transparence, mais aujourd’hui, la figure de proue du parti Rêve Géorgien, l’oligarque Ivanichvilli, déclare que toutes les ONG sont des agents occidentaux qui sont ici pour orchestrer un coup d’État dans le pays. Notre Premier ministre affirme désormais que les Américains préparent une révolution violente en Géorgie. Ils suivent le script de Moscou, que nous ne connaissons désormais que trop bien.

Pour les Géorgiens, le combat pour intégrer l’Europe a déjà été très long et très dur. Comment expliquer cette détermination ?

C’est désormais la première fois dans l’histoire de la Géorgie que l’Europe se dit prête à nous accueillir et accorde le statut de candidat au pays. Nous sommes conscients que nous n’avons jamais été aussi proches de l’intégration. C’est pourquoi toute la nation sait que la voie suivie désormais par le gouvernement est une trahison. Il suffit de regarder les réformes géorgiennes des années 2000. Nous avons fait des choses spectaculaires à cette époque, y compris l’éradication de la corruption. Nous ne cherchons absolument pas à devenir un fardeau pour les Européens. Notre peuple est beaucoup plus avancé que le gouvernement.

Bataille autour du quartier arménien de Jérusalem. Les explications et le reportage de Agnès Vahramian

Bataille autour du quartier arménien de Jérusalem.
Les explications et le reportage de Agnès Vahramian avec @hovsepGaroNalbandian
Info France 2 Télématin Thomas Sotto

France TV Moyen-Orient

René Léonian, un pasteur en Arménie et en Russie

Depuis plus de 30 ans, le pasteur René Léonian parcourt l’Arménie et la Russie. Le 24 avril dernier, pour le 109è anniversaire du génocide arménien, il se trouvait en Russie. Interview à quelques jours de la remise de sa médaille de la Légion d’Honneur par le Premier ministre Gabriel Attal.

Entreprendre.fr – Publié le 03/05/2024 · · Antoine Bordier

Vous êtes depuis quelques jours en Russie, pour commémorer le génocide des Arméniens perpétré par le gouvernement des Jeunes Turcs en 1915. Racontez-nous ce qui vous lie à la Russie où vivent plus de 2 millions d’Arméniens.

Oui, je suis en Russie depuis plusieurs jours. La communauté arménienne y est très importante. Cette fois-ci, ma visite pastorale m’a conduit dans plusieurs villes où les Arméniens sont très nombreux : à Sotchi, Krasnodar, Armavir, Saint-Pétersbourg et, bien-entendu, Moscou. J’ai toujours été fasciné par ce pays. Mon premier voyage à Moscou et à Saint-Pétersbourg remonte à 1981, à l’époque soviétique. Pendant plusieurs années, j’ai, également, accompagné des groupes de touristes en Arménie soviétique. Moscou était un passage obligé. J’ai visité un certain nombre de régions et j’espère découvrir la Russie plus à l’est, en allant prochainement en Sibérie.

J’imagine que vous ne faites pas que du tourisme, n’est-ce pas ?

Évidemment, non. L’important est de rencontrer les gens et d’avoir un partage ouvert et sincère. Je suis un pasteur, ne l’oubliez pas. On aborde à la fois les questions de société et les besoins spirituels. L’essentiel réside dans l’écoute réciproque. Le 24 avril, j’ai participé aux commémorations du génocide des Arméniens. Le matin, un recueillement nous a réunis dans la magnifique Église apostolique arménienne de Moscou. J’ai participé au dépôt de fleurs au monument du génocide. L’après-midi, une rencontre, organisée par l’association des Arméniens de Russie et la Municipalité de Moscou, a eu lieu dans la salle des congrès de l’hôtel Président. Plusieurs intervenants arméniens et russes ont rappelé les événements de 1915, tout en faisant un parallèle avec la situation actuelle de l’Arménie dans le Caucase.

Lire la suite de l’article sur Entreprendre.fr