Interview de Frédéric Pons suite à sa conférence à la Médiathèque de Biarritz

AGUR ARMENIE / 30 octobre 2024

Interview de Frédéric Pons, journaliste et enseignant, auteur de « L’Arménie va-t-elle disparaître ? », paru aux éditions Artège (2023).

Pourquoi s’intéresser à l’Arménie, alors que tant d’autres sujets graves nous préoccupent dans le monde (guerres d’Ukraine, Gaza, Israël, élections américaines…) ?

Mais l’Arménie est un sujet grave ! Une menace existentielle pèse sur ce petit pays chrétien du Caucase qui, lui, ne menace personne. Ses voisins turcs, l’Azerbaïdjan et la Turquie, veulent dépecer son territoire, pour des raisons économiques, géopolitiques et même culturelles, quitte à provoquer une nouvelle guerre. Ils nient toute légitimité aux Arméniens dans le Caucase et pensent qu’il faut les chasser ou rayer leur pays de la carte.

N’est-ce pas exagéré ?

Non, les Azerbaïdjanais le disent depuis des années dans leurs documents officiels, au plus haut nveau de l’Etat. Insidieusement, ils sont engagés dans la même logique génocidaire que leurs ancêtres, ce qui amena au génocide de 1915 (1,5 million de morts). Il le faut le savoir et le comprendre pour ne pas se réveiller trop et dire qu’on ne le savait pas. Le sujet est grave car les Arméniens ne sont pas en mesure de résister à une invasion azerbaïdjanaise. Les deux dernières guerres, en 2020 et 2023, a anéanti le Haut-Karabakh (l’Artsakh pour les Arméniens), cette enclave arménienne située en Azerbaïdjan. Les 110 000 habitants chrétiens en ont été chassés de façon brutale. Il s’est produit là-bas une féroce épuration ethnique et religieuse dont trop peu de pays et de médias ont parlé. Depuis un an, des églises et des cimetières chrétiens y sont rasés.

Pourquoi ce silence ?

L’Arménie est un tout petit pays de 30 000 km2, peuplé d’à peine 1,7 million d’habitants, qui ne semble pas intéresser les professeurs de morale et les défenseurs des droits de l’homme, plutôt silencieux sur ce sujet, mis à part quelques voix courageuses. Pour son malheur, l’Arménie n’a ni gaz, ni pétrole, alors que l’Azerbaïdjan en regorge. L’Europe s’est tue face à la dernière agression azerbaïdjanaise de 2023 parce qu’elle s’est liée les mains avec l’accord de livraison d’hydrocarbures, signé en juillet 2022 avec Bakou. Mme Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission de Bruxelles, et le président Ilham Aleiev s’étaient congratulés. Un an plus tard, Aleiev donnait l’ordre à son armée de liquider l’Artsakh… L’Europe s’est tue. On ne peut pas s’empêcher de penser que les Européens, soulagés d’avoir du gaz et du pétrole à bon compte, ont baissé la tête, assez lâchement.

L’Arménie n’a donc pas d’ami ?

En politique étrangère, l’adage dit que les pays n’ont pas d’amis mais que des intérêts. C’est vrai. L’Arménie a deux adversaires déclarés, l’Azerbaïdjan et la Turquie, soutenus par Israël qui trouve son compte en achetant du gaz bon marché et en vendant ses drones de combat à l’Azerbaïdjan. Ancien allié traditionnel de l’Arménie, la Russie s’est éloignée d’Erevan. Elle a d’autres intérêts prioritaires : écouler ses propres hydrocarbures, grâce au soutien de Bakou ; ménager l’allié turc ; en finir avec la guerre d’Ukraine, sans risquer d’ouvrir un nouveau front dans le Caucase. Quasiment absente du dossier, l’Amérique n’agit que par le biais de ses compagnies pétrolières. Il reste l’Iran. Sa frontière est un petit poumon économique de l’Arménie. Mais c’est un allié incertain, mis au ban des nations occidentales, lui-même affaibli par les sanctions internationales qui frappent le régime des mollahs.

Et la France ?

Oui, c’est vrai, la France est présente. Fidèle à son amitié multi séculaire, elle est le seul pays de l’UE à autant soutenir l’Arménie. Après des années où les gouvernements français se contentaient de beaux discours de soutien, elle s’est réveillée l’an dernier. Une assistance militaire a été mise en place. Des canons Caesar, le fleuron de notre artillerie, des blindés Bastion, des radars, des missiles antiaériens Mistral des fusils de précision sont ou seront livrés. La France assure aussi la formation au combat de troupes de montagne et l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan accueillera cinq élèves officiers arméniens.

Est-ce suffisant ?

Non bien sûr. C’est encore peu mais déjà suffisant pour donner un contenu concret à cette amitié. Il faudra du temps pour que l’armée arménienne retrouve un niveau suffisant pour pouvoir se défendre. J’ajoute que Bakou a aussitôt répliqué à la France, très loin de la métropole. En guise de représailles, en effet, l’Azerbaïdjan finance et manipule les indépendantistes hostiles à la présence française en Nouvelle-Calédonie et aux Antilles.

L’Arménie est donc bien seule ?

Oui, c’est pour cela qu’il faut continuer à s’intéresser à elle. Le nombre et la qualité des participants à la conférence qu’Agur-Arménie-Pays Basque a organisé à la Médiathèque de Biarritz traduisent le dynamisme et le rayonnement de votre association et montrent que des Français, d’origine arménienne ou pas, s’intéressent à ce qui se passe. En France et dans le monde, la mobilisation est réelle, à travers la générosité de la diaspora arménienne et des ONG, notamment françaises, qui agissent sur le terrain, au chevet des Arméniens du Caucase. Cet élan est un formidable encouragement à rester éveillé et mobilisé. Les Arméniens d’Arménie nous le disent : ce soutien étranger renforce leur courage et leur résilience, forgés par des siècles de souffrances et de résistance.

Pourquoi faut-il s’intéresser ou se mobiliser pour l’Arménie ?

Ce petit pays oublié aux portes lointaines de notre continent est un petit bout d’Europe, de France, porteur de nos valeurs chrétiennes et humanistes depuis plus de 1 500 ans. C’est un miroir de nous-même qu’on ne doit pas laisser briser par de nouveaux barbares, au risque de se renier et de s’affaiblir soi-même, alors que ces épreuves nous concernent directement. Témoin du meilleur de notre civilisation, l’Arménie a toujours été une passerelle entre l’Occident et l’Orient, un lien ténu mais réel avec les autres cultures et religions. Cela n’a pas de prix dans un monde marqué par la violence, l’obscurantisme. L’Arménie est comme une chandelle de civilisation, fragile et vacillante, que nous devons garder allumée. Pour les Français, notamment les jeunes, l’Arménie est aussi un formidable chantier d’avenir, un partage de générosité et de solidarité qui peut redonner du sens à notre monde, aussi fou soit-il…

Grand reporter familier du Caucase et spécialiste des questions militaires, Frédéric Pons raconte avec force et clarté la situation dramatique de l’Arménie. Il rappelle comment le destin de ce petit pays – le plus vieil État chrétien du monde – concerne directement l’Europe et ses valeurs. Le soutien à l’Arménie est un défi civilisationnel à relever.

Editeur Artège
Collection Socièté
Parution 02/11/2023

Très grande affluence pour la conférence de Frédéric Pons à la Médiathèque de Biarritz le 26 octobre 2024

Le 26 octobre, la Médiathèque de Biarritz a connu une grande affluence pour la conférence de Frédéric Pons, journaliste, grand reporter, écrivain et enseignant, venu présenter avec clarté et brio une analyse percutante des enjeux géopolitiques actuels de la République d’Arménie et du Haut Karabakh récemment annexé par l’Azerbaïdjan.

Face à la volonté d’effacement de toutes traces arméniennes de ce cœur historique et ancestral de l’Arménie,  à partir de son dernier livre « L’Arménie va t- elle disparaître? »,  F. Pons a conquis l’auditoire et évoqué avec éloquence ce premier Royaume chrétien dont le patrimoine architectural et humain reste fragile.

Vous avez été effectivement  très nombreux à assister à cette conférence de Frédéric Pons et nous avons reçu beaucoup de messages témoignant de votre grand intérêt et enthousiasme pour le sujet et le conférencier.

Encore merci pour votre présence et votre engagement.

Cet événement a été l’occasion de mieux comprendre les enjeux cruciaux qui touchent l’Arménie et son riche héritage culturel. Nous espérons que cette conférence a su nourrir votre réflexion et votre sensibilité sur ce sujet fondamental.

Nous restons à votre disposition pour toute suggestion ou retour concernant nos prochaines initiatives. Soyons nombreux à soutenir et à promouvoir la culture et l’histoire arméniennes.

Votre soutien et votre enthousiasme nous encouragent à continuer à organiser de tels moments d’échange et de partage. Nous vous tiendrons informés de nos prochains rendez-vous et restons à votre disposition pour toute suggestion ou question.

Lac Sevan – Parc naturel d’Arménie – ArteTV – vendredi 29 nov 2024 – 10h20

52 min – Disponible jusqu’au 12/02/2025 – À la télévision le vendredi 29 novembre à 10:20

Située loin des mers et océans, l’Arménie abrite un gigantesque lac de montagne : le Sevan. Perché à 1900 mètres d’altitude et entouré d’un parc national classé, il représente le plus grand réservoir d’eau douce du Caucase.

Ce lac emblématique, tout comme le seul cours d’eau qu’il alimente, le Hrazdan, offrent un habitat idéal à d’innombrables espèces d’oiseaux aquatiques, notamment le goéland d’Arménie, protégé au sein d’un sanctuaire. Les poissons sont également étudiés de près : depuis que le corégone a failli disparaître dans les années 1990, un ichtyologue contrôle très souvent les stocks pour vérifier que les populations continuent de se rétablir.

Réalisation : Frank Zintner
Pays : Allemagne
Année : 2023

Invitation au voyage – Arménie – ARTE samedi 30 nov 2024 – 9h30

39 min – Disponible jusqu’au 21/02/2025 – À la télévision le samedi 30 novembre à 09:25

Trois reportages partent à la découverte de l’Arménie. Vassili Grossman reprend goût à la vie – L’identité chrétienne du pays – Un trésor sauvé de justesse.

En Arménie, Vassili Grossman reprend goût à la vie
Quand il débarque en Arménie à l’automne 1961, Vassili Grossman, géant des lettres russes du XXe siècle, est d’humeur plus que maussade. L’œuvre de sa vie, le monumental Vie et destin, vient d’être saisi avant publication par le KGB pour critique du stalinisme. Malade, son existence semble s’effondrer, et pourtant, ce voyage sur ces terres reculées se révèle une retraite salvatrice… Le carnet de voyage qu’il va en tirer porte un nom évocateur : Que la paix soit avec vous.

Arménie, une identité chrétienne
Des monastères millénaires. Des églises parmi les plus vieilles au monde. Aux confins de l’Europe et de l’Asie, l’Arménie est le berceau du christianisme européen. Bien avant Rome, ce pays, dans les contreforts du Caucase a adopté le christianisme comme religion officielle. Cette conversion, l’Arménie la doit à un homme : Saint Grégoire. Grâce à lui va émerger l’Église arménienne. Qui, aujourd’hui encore, a son Vatican, son pape à la tête de millions de fidèles.

En Arménie, un trésor sauvé de justesse
Ce bâtiment qui s’élève sur les hauteurs de Erevan est bien plus qu’une bibliothèque. Le Matenadaran abrite depuis plus de soixante ans les trésors de la culture arménienne. Menacés durant le génocide, l’un de ses manuscrits les plus précieux doit son salut à l’audace de deux femmes héroïques.

Réalisation : Fabrice Michelin
Pays : France
Année : 2021

La Nuit des Témoins – Bayonne / jeudi 21 nov 2024 / Cathédrale Sainte-Marie

👉 Père Hamazasp Kéchichian, prêtre mekhitariste arménien, a présenté le douloureux quotidien des Arméniens réfugiés de l’Artsakh (Haut-Karabagh) et leur peur de l’avenir.

Lucie et Pierre chaleureusement accueillis par le Père Hamazasp Kéchichian à la cathédrale Sainte-Marie de Bayonne

Créée en France, la Nuit des Témoins est chaque année organisée non seulement à Paris, mais aussi en province et à l’étranger (Espagne, Mexique, Croatie, Belgique et États-Unis.) Elle rassemble chaque année des milliers de personnes.
Trois témoins venus d’Arménie, du Burkina Faso et du Pakistan viennent nous partager leur situation quotidienne.

A voir à Paris du 20 au 30 nov 2024

La Nuit des Témoins – Bayonne : jeudi 21 novembre 2024 de 19h30 à 21h30 / Cathédrale Sainte-Marie

Créée en France, la Nuit des Témoins est chaque année organisée non seulement à Paris, mais aussi en province et à l’étranger (Espagne, Mexique, Croatie, Belgique et États-Unis.) Elle rassemble chaque année des milliers de personnes.
Trois témoins venus d’Arménie, du Burkina Faso et du Pakistan viendront nous partager leur situation quotidienne.

Retrouvez toutes les informations
https://aed-france.org/nuit-des-temoins/
https://www.youtube.com/watch?v=CyUsf2gVQss&t=3s

📌 Évènement Nuit des témoins 2024
📅 Du 17 au 22 novembre, l’AED organise la 15è Nuit des Témoins, veillée de prières 🙏 et de témoignages pour rendre hommage aux prêtres, religieux et religieuses tués dans l’année à cause de leur foi.
🕊🔥 Trois invités exceptionnels témoigneront :
👉 Père Hamazasp Kéchichian, prêtre mekhitariste arménien, présentera le douloureux quotidien des Arméniens réfugiés de l’Artsakh (Haut-Karabagh) et leur peur de l’avenir.
👉 Père Laurent Balma, du diocèse de Kaya au Burkina Faso, témoignera des persécutions que subissent les chrétiens dans son diocèse mais aussi de la foi dont ils font preuve dans l’adversité.
👉 Mgr Samson Shukardin, évêque d’Hyderabad et président de la Commission Nationale Justice et Paix au Pakistan témoignera des nombreux cas de persécutions et d’emprisonnement de chrétiens et expliquera comment l’Eglise les soutient concrètement.
📍?
• Ajaccio : dimanche 17 novembre 2024 de 16h à 18h / Cathédrale Notre-Dame de l’Assomption
• Rennes : lundi 18 novembre 2024 de 19h à 21h / Cathédrale Saint-Pierre
• Versailles : mardi 19 novembre 2024 de 20h30 à 22h30 / Église Notre-Dame
• Bayonne : jeudi 21 novembre 2024 de 19h30 à 21h30 / Cathédrale Sainte-Marie
• Paris : vendredi 22 novembre 2024 de 20h à 22h / Église de la Trinité

Venez les écouter, les soutenir et prier pour nos frères chrétiens persécutés dans le monde. Ils ont besoin de nos prières, nous avons besoin de leur Espérance !

Retrouvez toutes les informations
https://aed-france.org/nuit-des-temoins/
https://www.youtube.com/watch?v=CyUsf2gVQss&t=3s

Biarritz : Aznavour célébré par la danse à la Gare du Midi

Par Sudouest.fr Publié le 02/11/2024
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La compagnie de danse Yeraz, invitée par l’association AgurArménie, sera sur la scène de la Gare du Midi, dimanche 10 novembre à 17 heures, avec son spectacle « Pour toi Aznavour »

Charles Aznavour aurait eu 100 ans et cet anniversaire propulse l’artiste, une fois de plus, en haut de l’affiche. Celle de la compagnie de danse Yeraz ( « le rêve », en arménien), en l’occurrence, qui a créé un spectacle de danse sur ses chansons. Invitée par l’association AgurArménie, en partenariat avec le Malandain Ballet Biarritz, la troupe présentera un spectacle qui se veut un trait d’union fraternel entre les cultures.

La démarche artistique de la compagnie Yeraz est fondée sur une double exigence : préserver et transmettre le riche répertoire de la danse arménienne, tout en laissant une large place à la création originale. Le répertoire est composé de chorégraphies largement inspirées des traditions, légendes et histoire arméniennes. Son originalité réside dans une approche scénique d’inspiration contemporaine, délivrée des modèles classiques. La danse arménienne est réinventée, perpétuant ainsi l’héritage d’un art toujours vivant.

Devoir de mémoire

Dans « Pour toi Aznavour », la chanson est omniprésente et sous-tend divers épisodes de la vie de l’artiste. Des tableaux qui se succèdent, dansés par 40 danseurs pour illustrer la trajectoire personnelle de Charles Aznavour, mais aussi celle de la famille Agoudjian, créatrice de la compagnie. Il y est question d’exil et de déracinement, ainsi que de l’enthousiasme de la jeunesse et du génie créatif.

L’association AgurArménie représente des Arméniens devenus français et basques pour quelques-uns. Elle se consacre, de façon apolitique, à l’histoire de ce petit pays et de sa diaspora, victime du génocide de 1915 en Turquie. Ce devoir de mémoire se double d’une volonté de faire vivre l’âme et la culture arménienne par des conférences et des spectacles. Dimanche 10 novembre à la Gare du Midi, Yeraz montrera que la danse, avec le chant, sont des piliers de cette culture.

Dimanche 10 novembre à la Gare du Midi. Tarifs : de 12 à 20 euros.
Billetterie : malandainballet.notre-billetterie.com
et office du tourisme de Biarritz, destination-biarritz.fr/billetterie.