Deux grandes voix pour l’Arménie
Dans les carrières d’Anatole France et d’Archag Tchobanian, le 9 mars 1897 est digne d’être marqué d’une pierre blanche. Ce jeune poète arménien de 25 ans, venu de Constantinople à Paris pour plaider la cause des Arméniens massacrés dans l’Empire ottoman, donne, dans la salle de la Société de Géographie, une conférence sur « L’Arménie, son Histoire, sa Littérature, son rôle en Orient » qui fut
aussitôt publiée sous la forme d’une plaquette aux Éditions du Mercure de France.
Anatole France la préside. C’est la 1re fois que le nouvel académicien accepte de prendre la parole pour défendre une cause humanitaire. Il rend hommage à la généreuse et savante éloquence du conférencier et déclare : « une force est avec vous, dispersée mais puissante, la sympathie des cœurs généreux et des nobles esprits ». Dès lors il sera une figure majeure du mouvement arménophile naissant.
Le 16 juin 1900, il préside une « Grande Matinée au profit de quatre-vingt mille
orphelins d’Arménie », organisée dans le Théâtre du Vaudeville par Archag
Tchobanian. Il prononce un généreux discours et déclare : « Aujourd’hui, des
sommets du Taurus aux plateaux de l’Ararat 300 000 victimes nous crient : “Vous n’êtes pas venus. Nous sommes morts et nos enfants vont mourir. Pour que nous nous endormions en paix donnez du pain à nos orphelins” ».
Avec Georges Clemenceau, Jean Jaurès, Francis de Préssenssé et Eugène de
Roberty, il fait partie du comité de rédaction du journal « Pro Armenia » fondé
par Pierre Quillard.
Le 9 avril 1916, il participe à un « Hommage à l’Arménie » organisé dans le Grand amphithéâtre de la Sorbonne et prononce un vibrant discours prémonitoire :
« L’Arménie expire mais elle renaîtra. Le peu de sang qui lui reste est un sang
précieux dont sortira une postérité héroïque. Un peuple qui ne veut pas mourir
ne meurt pas ».
Tchobanian consacra sa vie à plaider la cause arménienne par de nombreux
discours et à faire connaître la culture arménienne par de remarquables
publications, en particulier « Les Trouvères arméniens » et les 3 tomes de sa
« Roseraie d’Arménie ». C’est à juste titre que l’académicien René Grousset lui a
déclaré, en 1950 : « Vous avez été l’interprète aussi scrupuleux que fervent de la
pensée française en Orient, de la pensée arménienne en Occident ».
Anatole France, dont toutes les interventions proarméniennes sont réunies dans cet ouvrage, est une figure majeure du mouvement arménophile français.
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Edmond Khayadjian est né en 1940 à Marseille. Agrégé des Lettres modernes, il enseigné au Lycée Marcel Pagnol de Marseille.
Ses études sur l’attitude des écrivains français devant la Question Arménienne l’ont conduit à découvrir et révéler le rôle qu’Archag Tchobanian a joué dans la naissance et le développement d’un important mouvement arménophile en France.

