Karabagh : quand passent les cigognes – Arte Reportage

1 sept. 2025 #reportage #arte #azerbaïdjan
Reportage Arte Frédéric Tonolli
Disponible jusqu’au 21/05/2028

Le 19 septembre 2023, l’enfer s’abat sur Stepanakert, capitale du Haut-Karabakh. Au prétexte d’une « opération antiterroriste », l’Azerbaïdjan envahit cette enclave peuplée d’Arméniens qui échappait à son contrôle.

Ses troupes balayent tout sur leur passage. Après plus de 30 ans de guerre, le drapeau azéri flotte sur l’ancien parlement de Stepanakert, la capitale arménienne du Karabagh. La tempête a tout emporté. En quarante-huit heures, ils sont plus de 100 000 Arméniens du Karabagh, dont des milliers d’enfants, à fuir leurs maisons, une migration massive et douloureuse vers l’Arménie. 
C’est par la route de l’Ararat, sous le regard étonné des cigognes qui, chaque année, reviennent nicher en Arménie, que sont passés des milliers de réfugiés fuyant le Karabagh en feu. Pour les Arméniens, les cigognes sont un emblème de fidélité et d’amour à une terre. Toujours, elles reviennent aux mêmes nids et avec le même partenaire, une triste mais forte allégorie pour les milliers de réfugiés du Karabagh. 

Une communauté déracinée, chassée de ses terres ancestrales, qui peine à trouver place et tourner la page de cet épisode traumatisant. Bien sûr, l’accueil des réfugiés du Karabagh en Arménie a essayé d’être à la hauteur du drame, mais passés les premiers mois, la fraternité s’est dissipée. Deux ans après leur exode, beaucoup de réfugiés du Haut-Karabakh se vivent comme des “parias” en Arménie. Beaucoup rêvent en secret de trouver des ailes pour pouvoir, comme les cigognes, s’en retourner au nid, à la maison. 

Depuis plus de trente ans, Frédéric Tonolli filme et partage la vie et l’histoire de ces femmes et de ces hommes. En mêlant archives du passé et images contemporaines, ce reportage raconte l’histoire de leur exil et l’histoire de cette dernière migration.

« Le Pays d’Arto » : Tamara Stepanyan met en scène Camille Cottin à la recherche des fantômes de la guerre d’Arménie, dans un premier film intime et politique

Article FranceInfo:Culture Lison Chambe
France Télévisions – Rédaction Culture
Film en salles le 31 décembre 2025

La réalisatrice Tamara Stepanyan plonge dans l’histoire de son pays natal et questionne son futur, incertain dans un contexte de guerre territoriale.

« Peut-on sauver les morts ? », questionne pour son premier long-métrage de fiction, la réalisatrice Tamara Stepanyan qui nous mène parmi les ruines et les fantômes de sa terre natale : l’Arménie, qu’on appelle aussi ici « Le Pays d’Arto », titre du film à découvrir en salles le 31 janvier 2025.

Nous sommes en 2021, quelques mois après la défaite de l’Arménie dans la guerre sanglante qui l’opposait à l’Azerbaïdjan, en novembre 2020. Française, Céline se rend pour la première fois en Arménie, pays d’origine de son mari, Arto, qui s’est récemment suicidé. Dans le méandre administratif d’un pays traversé par la guerre depuis la chute de l’URSS, elle cherche le certificat de naissance de son mari. Très vite, on lui indique qu’Arto n’a jamais existé, ou du moins pas sous ce nom-là.
Céline, impeccablement incarnée par Camille Cottin, s’aventure alors sur des chemins sinueux, marqués par la guerre – celle du passé, celle d’aujourd’hui –, à la recherche de fantômes, jusqu’au Haut-Karabakh, où se concentre le conflit.

Tamara Stepanyan est arménienne. À l’âge de 10 ans, la guerre éclate au Haut-Karabakh. Elle quitte le pays deux ans après avec ses parents. Après avoir étudié au Liban, elle vit aujourd’hui en France.
La réalisatrice produit des documentaires depuis plus de dix ans. Elle a filmé déjà l’Arménie à quatre reprises dans ses précédents films, parmi lesquels Mes fantômes arméniens, paru cette année. « J’ai grandi avec des histoires de guerre, celles de ma grand-mère notamment, qui a combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui me disait : il y a des choses de la guerre qu’on ne peut pas raconter », nous confie la réalisatrice.

Première fiction, Le Pays d’Arto lui permet de dévoiler son récit d’un pays qui continue de lutter, et avec lui, sa propre galerie de personnages. Il y a Arto qui a dû fuir, la guerre devenant insupportable. Il y a Arsiné, la jeune Arménienne qui lutte de tout son corps, lucide. Il y a Céline, la Française qui sait si peu. « Je pense que je suis plutôt celle qui est partie, comme Arto, mais au fond de moi, j’aurais aimé rester me battre comme Arsiné« , raconte, émue, Tamara Stepanyan. « J’ai grandi avec ce désir de revenir me battre pour mon pays. Aujourd’hui, je crois que je combats par les films. »

Le Haut-Karabakh, terre de déchirements

Le Pays d’Arto se présente comme une lettre d’amour aux Arméniens, mais aussi à une terre : le Haut-Karabakh. Un territoire devenu le symbole d’une résistance à la fois politique et culturelle. Majoritairement peuplée d’Arméniens, il reste pourtant rattaché administrativement à l’Azerbaïdjan. Il a proclamé son indépendance en 1991, dans le sillage de la chute de l’URSS. L’Azerbaïdjan, qui n’a jamais reconnu cette autonomie, a tenté de la reprendre par les armes dans un conflit qui a fait des centaines de morts. Après avoir reconquis une partie de l’enclave à l’automne 2020, les forces azerbaïdjanaises ont entièrement repris le contrôle de la région lors d’une offensive éclair en septembre 2023. Une opération qui a provoqué la fuite de plus de 100 000 Arméniens.

La patte documentaire de Tamara Stepanyan se lit dans les longs plans contemplatifs sur les paysages montagneux qui défilent derrière Camille Cottin, tantôt verdoyants, tantôt désertiques et arides, dans les montagnes du Haut-Karabakh. Mais aussi dans les silences éloquents, les scènes de vie quotidienne, le sens du détail. Le spectateur, s’il est moins averti que la cinéaste sur l’Arménie et son histoire, marchera dans les pas de Céline, à la découverte d’un récit de guerre encore peu connu en France. Le Pays d’Arto oscille entre récit historique et fable presque mythique, entre le personnel et le politique, et surtout entre l’intime et le pédagogique.

Réalisation : Tamara Stepanyan
Distribution : Camille Cottin, Zar Amir Ebrahimi, Shant Hovhannisyan
Synopsis : Céline arrive pour la première fois en Arménie afin de régulariser la mort d’Arto, son mari. Elle découvre qu’il lui a menti, qu’il a fait la guerre, usurpé son identité, et que ses anciens amis le tiennent pour un déserteur. Commence pour elle un nouveau voyage, à la rencontre du passé d’Arto : invalides des combats de 2020, vétérans de guerre, hantises d’une guerre qui n’en finit jamais. Une femme court après un fantôme. Comment faire pour l’enterrer ? Peut-on sauver les morts ?

L’Arménie, archi moderniste – Invitation au voyage – Art

Disponible jusqu’au 27/03/2027

Dans les années 1960, les bâtiments modernistes métamorphosent l’apparence de l’Arménie soviétique. En 1961, Youri Gagarine devient le premier homme à s’envoler dans l’espace. La fièvre de la conquête spatiale s’empare alors des architectes partout en URSS, et notamment en Arménie.
Sa capitale, Erevan, jadis une petite ville provinciale, devient un champ d’expérimentation où poussent aéroports, gares et salles de concert particulièrement modernes. Certaines constructions ressemblent même à des vaisseaux spatiaux échoués aux confins du monde.

« Un Garçon, une Terre, la Guerre » – A revoir sur Arte Reportage

Réalisation Sareen Hairabedian
Disponible jusqu’au 20/09/2026

Débutant à l’été 2020, ce documentaire suit un jeune garçon et sa famille dans le Haut-Karabakh, à l’heure où l’Azerbaïdjan s’apprête à lancer une offensive sur l’enclave séparatiste arménienne. La guerre à hauteur d’enfant dans une chronique quotidienne d’une remarquable sensibilité.

Vrej, 11 ans, vit avec les siens, au milieu des canards et des abeilles, dans un village de cent cinquante habitants “où la guerre peut éclater à tout moment”. Car Tsaghkashen est situé dans la république autoproclamée de l’Artsakh, ou Haut-Karabakh, une enclave montagneuse majoritairement peuplée d’Arméniens, que se disputent Erevan et Bakou depuis des décennies. En septembre 2020, la menace redevient réalité lorsque l’armée azérie lance une offensive sur la région. Vrej et sa famille fuient en Arménie, d’où leur parviennent les nouvelles catastrophiques du front : au terme des combats, l’Azerbaïdjan contrôle plus de 70 % du territoire. Quelques mois après la signature du cessez-le-feu sous l’égide de Moscou, le père du garçon, qui a pris part aux affrontements, vient enfin les chercher. Vrej retrouve son village, où les chars russes stationnent entre les bâtiments endommagés, tandis que les portraits des morts s’affichent dans le hall de son école. Peu après, garçons et filles sont envoyés en camp militaire, où les premiers vont apprendre à manier des armes. Mais Vrej, qui s’était construit un fusil en bois, n’a plus envie de jouer à la guerre…

Paradis perdu
S’il le faut, je me battrai. Comment faire autrement ?” Viscéralement attaché à la terre de ses ancêtres, ce petit bonhomme aux grands yeux curieux, qui rêve d’ouvrir un cabinet de dentiste à Tsaghkashen, prend conscience, au fil de ce récit d’apprentissage déchirant, du poids de son destin. Sa génération, comme les précédentes, devra-t-elle verser son sang pour défendre les dernières miettes de l’Artsakh, ou se résoudra-t-elle à quitter son paradis, déjà en partie perdu ? De promenades à travers champs en anniversaires familiaux, de jeux insouciants en chants patriotiques entonnés avec son petit frère – qui, haut comme trois pommes, assure à sa grand-mère que les territoires conquis seront repris –, la réalisatrice Sareen Hairabedian a capturé, sur plus d’une année, la vie quotidienne de son jeune héros au cœur d’une région déchirée par un conflit séculaire. Entre innocence et gravité, la chronique délicate d’une enfance à l’ombre de la guerre, sélectionnée dans de nombreux festivals internationaux.

Les Arméniens oubliés derrière le Mont Ararat – Yerkir 21 sept 2025

Témoignages de Diyarbakir, Kharpet, Dersim, Hamchène

Autant la suppression du mont Ararat des tampons de la douane arménienne démontre une soumission (avérée si c’est une demande de la Turquie ou mentale si c’est une initiative arménienne), autant la contre-réaction démontre, elle, un fétichisme qui ne va pas plus loin que la portée symbolique.

De l’autre côté de l’Ararat, en Turquie, depuis maintenant une vingtaine d’années, il y a un phénomène de résurgence de l’identité arménienne au travers des cryptos-Arméniens (islamisés, alévisés, turquifiés, kurdifiés), les « restes de l’épée » comme on les surnomme en Turquie.

Ces Arméniens qui reviennent à leurs racines sont une chance inestimable pour pouvoir faire renaître la culture et l’identité arménienne en Arménie Occidentale, sur cette terre laissée en friche depuis 1915.

Non seulement, ils peuvent être les acteurs d’une renaissance arménienne sur ces territoires, mais ils peuvent être aussi un formidable vecteur d’échange entre les sociétés turques/kurdes et arméniennes (Diaspora et Arménie). Une grande partie habitant l’Est de la Turquie, jouxtant les frontières du Caucase, peuvent à terme être, une courroie de transmission socio-économique pour la République d’Arménie.

Certains de ces Arméniens s’organisent en créant des associations à Diyarbakir, Mouch, Kharpet, Van, Istanbul, au Dersim, en pays Hamchène… Malheureusement, ces Arméniens sont livrés à eux-mêmes et ne disposent d’aucuns matériaux pour apprendre leur langue, leur histoire et leur coutume.

Pour remédier à cela ainsi que pour les accompagner dans leur structuration, notre ONG YERKIR s’est engagée depuis une quinzaine d’année dans la réalisation de programmes en Turquie (Revitalisation du Patrimoine immatériel, Track II Diplomacy, Dialogue Interculturel, Van Project, REPAIR, commémoration du 24 avril à Diyarbakir, MiASiN !).

Le mont Ararat n’est pas qu’une représentation symbolique sur un tableau ou un tampon, c’est un territoire qui porte en lui la possibilité de faire renaitre des communautés arméniennes sur leurs terres originelles.

Armen Ghazarian

Les pertes territoriales à la suite de la « guerre des 44 jours », l’émigration et le déclin démographique de l’Arménie, l’assimilation et l’acculturation en diaspora réduisent de toutes parts l’espace arménien. Ces « nouveaux » Arméniens sont une chance inestimable pour pouvoir faire renaître des communautés arméniennes sur leurs terres ancestrales.