Disponible jusqu’au 02/01/2025 sur le site de FR3 Documentaire société 1h20 Français 40 sec de pub
Tourné sur 3 ans, à Talish en Artsakh et à Erevan, il raconte la folie meurtrière de l’Azerbaïdjan à l’encontre de l’Artsakh et le quotidien des personnages, Samvel et Avo, deux enfants de 10 ans et du jeune soldat, amputé d’une jambe, Erik. A ne pas manquer.
Samvel et Avo, Erik, Karen vivent sur la terre d’un conflit séculaire, formé par les décombres de l’Empire russe. Dans le Haut-Karabakh, on vit, on rêve et on se prépare à un drame toujours en perspective. Sur 3 années, Alexis Pazoumian filme l’épilogue du jardin noir, ce territoire où la guerre n’attend pas.
Un documentaire écrit et réalisé par Romain Poisot en 2024
Ce film documentaire de Romain Poisot évoque l’histoire d’une société prise dans la spirale d’une guerre qui ne s’arrête jamais et qui entraine dans son tourbillon la jeunesse arménienne.
« Arménie, la valse macabre » est un ensemble de témoignages poignants qui met en lumière ce que certains peuvent percevoir comme un embrigadement patriotique et que d’autres voient comme un mécanisme d’autodéfense nécessaire à la survie d’un pays.
Un documentaire qui permet de mieux comprendre ce pays voisin et ami, en guerre depuis si longtemps aux portes de l’Europe.
Un manège enneigé qui tourne inlassablement, des écoliers qui dansent en rond le Kotchari, un escalier en colimaçon dont on ne voit pas le bout. C’est dans ce tourbillon que l’on découvre Eric, jeune garçon de 11 ans qui attend avec impatience de passer son service militaire pour venger son père mort lors de la guerre des 44 jours. Ou encore la jeune Nouchik, 13 ans qui s’exerce au tir à la carabine en salle de classe à Vanadzor. En Arménie, l’enfance ne dure pas, l’innocence est sacrifiée, on grandi à la fois avec les traumatismes du passé et la menace constante du présent.
Bakou a depuis mené son attaque éclair et les 120 000 Arméniens de l’Artsakh ont tout quitté et fui en Arménie. La valse macabre n’en a malheureusement pas fini de tourner.
« Arménie la valse macabre » c’est un 38 minutes auto produit en dehors des codes du documentaire, c’est une musique originale composée lors du tournage par Stéphane Rault, c’est aussi un « docu concert » qui peut être joué en Live par les musiciens accompagné par les photographies en noir et blanc de Jean-Daniel Henry. C’est enfin la volonté d’un réalisateur Romain Poisot de raconter une histoire qui se répète et dont on devrait tirer les enseignements.
Cathédrale Saint-Jean du XIIIe siècle dans le monastère de Gandzasar, près de Stepanakert, dans le Haut-Karabakh. KAREN MINASYAN / AFP
Dans un rapport publié ce jeudi, l’ECLJ détaille, sur la base d’images satellites, des disparitions ou destructions inquiétantes de monuments du patrimoine arménien dans cette région, passée sous contrôle azéri en septembre 2023.
Le patrimoine millénaire du Haut-Karabakh est en danger. Ce n’est pas seulement la crainte des 100.000 Arméniens qui ont fui leur terre, en septembre 2023, après une opération militaire de l’Azerbaïdjan, mais le constat effectué par le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ). Dans un rapport publié ce jeudi, et que Le Figaro a pu consulter, l’ONG chrétienne internationale détaille l’«effacement culturel» opéré par Bakou dans cette région désormais sous son contrôle à force d’églises détruites, de croix retirées et de cimetières vandalisés. Cette politique «effrontée et dévastatrice (…) utilise à la fois la destruction et le révisionnisme pour effacer le patrimoine des Arméniens du Haut-Karabakh», alerte l’organisation basée à Strasbourg.
Chrétiens Orientaux revient sur l’actualité récente des Eglises Orientales. – En Artsakh, occupé depuis sept 2023, l’Etat Azerbaidjanais détruit les églises arméniennes et les cimetières. Peut-on interdire cela ? Que font les arméniens pour informer le monde ? – La guerre en Ukraine fait de nombreux morts et blessés parmi la population et les soldats et de nombreux ukrainiens ont dû fuir leur terre. Comment l’Eglise Gréco Catholique soutien spirituellement et activement les victimes en France et en Ukraine ? Rencontre avec la communauté de Senlis. – Malgré la situation dramatique des chrétiens d’Orient dans leurs terres natales, peut-on encore espérer ? Monseigneur Pascal Gollnisch, directeur de l’œuvre d’Orient, nous donne des éléments de réponse !
Une semaine après le début des violences en Nouvelle-Calédonie, la situation reste tendue, des routes sont toujours bloquées, l’aéroport fermé. Au niveau international, la crise sur ce territoire français du Pacifique, suscitée par une réforme de la loi électorale, a fait monter d’un cran les tensions entre la France et l’Azerbaïdjan, qui est accusé d’instrumentaliser les griefs des indépendantistes et de participer à des campagnes massives de désinformation. Ce n’est pas la première fois que le rôle trouble de l’Azerbaïdjan est démontré. De la « diplomatie du caviar » aux campagnes des hackers informatiques, c’est une guerre hybride qui se déroule, estime Tigrane Yégavian, chercheur au Centre français de recherche sur le renseignement, spécialiste du Caucase. Décryptage Entretien publié le 21/05/2024sur rfI Par : Juliette Gheerbrant
Tigrane Yégavian : L’Azerbaïdjan, en exerçant cette guerre hybride contre la France, poursuit deux objectifs. Le premier consiste à déstabiliser la France en interne, en utilisant un outil d’ingérence dans son talon d’Achille qui est l’outre-mer et plus précisément la Nouvelle-Calédonie. Et elle le fait en mesure de rétorsion contre la politique pro-arménienne de Paris face à l’Azerbaïdjan qui occupe déjà plusieurs portions de territoire arménien, mais qui menace de poursuivre son agression contre l’Arménie. C’est donc la première réponse de Bakou. Le deuxième objectif s’inscrit dans un cadre plus large : le régime dictatorial azerbaïdjanais a, depuis plusieurs années, endossé le leadership du groupe des non-alignés aux Nations unies. C’est dans cette optique que le pays pratique un énième volet de son influence, en se positionnant en champions du tiers-monde, mais il le fait de façon extrêmement opportuniste, voire hypocrite, pour deux raisons : la première parce que l’Azerbaïdjan est lui-même un État colonial qui a envahi le Haut-Karabakh, qui a colonisé cette région qui est une région historiquement arménienne. La deuxième, c’est que l’Azerbaïdjan, cela ne vous a pas échappé, ne s’en prend pas aux Britanniques, il ne s’en prend qu’aux Français. Alors qu’il y a aussi sûrement des soucis dans le Commonwealth anglais, mais Bakou a un partenariat avec le Royaume-Uni.
Est-ce qu’on peut parler de rapprochement de l’Azerbaïdjan avec Moscou ?
L’Azerbaïdjan pratique ce qu’on appelle le multi-alignement. Un peu comme les Indiens. Le pays, pour des raisons opportunistes et géostratégiques, est très proche de la Turquie, avec lequel il a une langue en commun, une idéologie en commun. Mais il s’est beaucoup rapproché de la Russie, surtout à l’aune du conflit en Ukraine, puisque c’est par l’Azerbaïdjan que transitent les exportations d’hydrocarbures russes qui contournent les sanctions internationales. Donc, il y a une interdépendance croissante. Et y a aussi une familiarité en termes de régime politique, puisque la famille au pouvoir en Azerbaïdjan, les Aliev, sont de purs apparatchiks du pouvoir soviétique qui tiennent le pays en coupe réglée depuis les années 1960. L’Azerbaïdjan et la Russie travaillent de concert en France et en Afrique francophone pour déstabiliser la France. J’en veux pour preuve le mode opératoire des hackers azerbaïdjanais qui diffusent des fake news contre la France : sur les JO de 2024, les punaises de lit, les violences policières… Tout cela a été identifié comme une manœuvre conjointe avec les Russes. La Russie ménage le pays parce qu’elle a besoin d’emprunter son territoire pour exporter ses hydrocarbures, et en retour, les Russes ont accepté d’évacuer leurs troupes du Haut-Karabakh – où stationnait un contingent de maintien de la paix. Aujourd’hui, la Russie est plutôt en position de faiblesse, mais tout cela est fluctuant et éphémère : si la Russie retrouve sa puissance dans la perspective d’une victoire en Ukraine, il y a fort à parier que le rapport de force va changer. Mais la force des Azerbaïdjanais, c’est de « retourner le rapport de force ».
Dans ces relations, les enjeux sont importants également pour l’Union européenne ?
L’Europe est vraiment inaudible : d’un côté, on diabolise monsieur Poutine, qui est l’agresseur de l’Ukraine, et de l’autre côté, on utilise un partenaire soi-disant fiable – monsieur Aliev – qui nous vend du pétrole et du gaz (en grande partie en réalité du gaz russe). Et madame Ursula von der Leyen le qualifie de partenaire fiable alors qu’il s’est débarrassé de 99,9 % de la population arménienne autochtone. Donc, à un moment, il faut que l’Europe soit cohérente avec son discours humaniste et démocratique. Et qu’elle opère un train de sanctions pour freiner les velléités belliqueuses de monsieur Aliev Le problème, c’est qu’il y a un manque total de courage politique.
Est-ce que l’Union européenne peut se passer de l’Azerbaïdjan dans le domaine énergétique ?
Les importations azerbaïdjanaises d’hydrocarbures représentent grosso modo 3,5 %, voire 4 % de la consommation européenne, avec des variations d’un pays à l’autre. Donc ce n’est pas du tout équivalent à ce qu’on importe de Norvège ou d’Algérie, ce n’est pas le même volume. Sans oublier qu’il y a encore une grande partie de ces importations qui sont en fait du gaz russe qu’on paye plus cher. Il y a une vraie tartufferie de la part de l’Europe. Je pense qu’elle est en train de perdre son âme en se couchant devant un régime autoritaire et belliqueux comme l’Azerbaïdjan. Je m’étonne que Charles Michel félicite la réélection d’Ilham Aliev à 99 % des voix. Il aurait très bien pu s’abstenir de le faire, mais cela prouve à quel point on est décrédibilisé et c’est un vrai souci, parce que cela engage aussi l’avenir du projet européen et de sa cohérence.
L’autocrate d’Azerbaïdjan multiplie les opérations de déstabilisation de la France en Nouvelle-Calédonie et ailleurs. Enquête. Par Guillaume Perrier – Le Point Hebdo du 23 mai 2024
À Khankendi (Stepanakert, en arménien), Ilham Aliev célèbre, le 8 novembre 2023, le contrôle total du Haut-Karabakh après la guerre éclair de septembre 2023 qui a chassé la population arménienne de l’enclave. En arrière-plan, Nouméa, capitale de la Nouvelle-Calédonie, le 15 mai (photomontage).
Le drapeau de l’Azerbaïdjan flotte à Nouméa, aux côtés de celui de la Kanaky. Parmi les manifestants indépendantistes kanaks, certains portent ostensiblement des tee-shirts orange frappés du logo du Groupe d’initiative de Bakou (GIB). À la mobilisation du 20 mars, l’une des plus importantes de ces derniers mois, des militants brandissaient même le portrait en treillis, le poing tendu, d’Ilham Aliev, président autocrate de la république du Caucase, porté par une soudaine vague de popularité dans le Pacifique, à plus de 13 000 kilomètres de Bakou !
D’Erevan, en Arménie, où fut commémoré en 1989 le pogrom de Soumgaït perpétré par les Azerbaïdjanais, à Antioche dans les décombres de la basilique détruite par le séisme de 2023, Antoine Agoudjian a photographié son héritage mémoriel. Ce descendant de rescapés du génocide arménien commente pour ARTE une série de clichés où l’histoire percute l’actualité.
ArteTV – 11 min – Émission du 06/03/2024 – Disponible jusqu’au 05/02/2029 Présentation Sonia Devillers
En septembre 2023, l’Azerbaïdjan lance une offensive éclair dans le Haut-Karabakh entraînant la fuite de l’ensemble de la population locale. Sur la place principale de la capitale, le temps semble s’être arrêté, seuls les objets demeurent pour dire ce qui n’est plus.
Au lendemain de l’assaut azerbaïdjanais, la place de Stepanakert, capitale du Haut-Karabakh, révèle un décor postapocalyptique. Chaises disparates, poussettes renversées, vestes oubliées… : la place atteste du départ précipité de milliers de personnes. Le 2 octobre 2023, Osama Bin Javaid, envoyé spécial d’Al Jazeera à Stepanakert, capture ce paysage de désolation. Il nous raconte l’histoire de ce cliché surréaliste. Guillaume Yverneau, historien, analyse comment ces objets abandonnés, témoins de la catastrophe, possèdent une fonction mémorielle.
ArteTV – 11 min – Émission du 06/03/2024 – Disponible jusqu’au 05/02/2029 Présentation Sonia Devillers
Avec la participation Jean-Pierre Mahé (historien), Philippe Sukiasyan (Historien), Astrid Artin Loussikian, Houry Varjabedian et Garo Derderian (Association ARAM à Marseille) et Marc Soukiassian (Alpiniste)
L’Ararat est selon les Écritures Saintes le lieu où l’arche de Noé s’est échouée après le déluge dans la Genèse. Saint Jacques de Nisibe a gravi au IVe siècle, une partie du mont et reçu, après une vision d’un ange, un morceau de l’Arche de Noé lui est apporté. Cette relique est toujours conservée à Etchmiadzine, le Saint Siège de l’Église Arménienne.
La Montagne située au cœur de l’Arménie historique est aujourd’hui située en territoire turc. Pourtant de l’autre côté de la frontière, en Arménie, c’est le symbole de la terre biblique chrétienne arménienne. Même pendant l’époque soviétique le blason de la république soviétique était l’Ararat !
Cette « montagne sacrée » est l’âme et la fierté des arméniens. Dans chaque foyer à travers le monde on en trouve une représentation. Ils l’appellent « le Massis ».
Quelle est l’histoire religieuse de cette montagne ? Que représente la symbolique de ce somment dans l’histoire et l’aujourd’hui du peuple arménien ? comment s’exprime son aspect populaire ? Que ressent un arménien lorsqu’il en fait l’ascension ?
Avec la participation Jean-Pierre Mahé (historien), Philippe Sukiasyan (Historien), Astrid Artin Loussikian, Houry Varjabedian et Garo Derderian (Association ARAM à Marseille) et Marc Soukiassian (Alpiniste)
Documentaire – du Jeudi 9 mai 2024 – 9h00 (horaire inhabituel) – France 2 – de Thomas Wallut et Guillaume Juherian (réalisation).
À l’approche des élections européennes, le combat pour l’Europe se déroule de nouveau loin d’ici. Depuis quelques semaines, la Géorgie, qui a reçu le statut de candidat à l’UE il y a un an, assiste à un soulèvement civil contre son gouvernement pro-russe, défendant les aspirations européennes exprimées de longue date par la nation géorgienne. Des milliers de personnes descendent dans les rues pour protester contre la nouvelle loi qui désignerait toutes les ONG et les médias recevant des fonds de l’étranger comme des « organisations exerçant une influence étrangère », tout comme dans la Russie de Poutine, et qui mettrait ainsi fin au rêve européen de la Géorgie.
Notre chroniqueuse Inna Shevchenko a interrogé Marika Mikiashvili, militante et membre de l’opposition, sur l’évolution de la situation en Géorgie, où les manifestations ne faiblissent pas.
Charlie Hebdo: Durant le week-end, des images impressionnantes ont été diffusées depuis les rues bondées de Tbilissi par les manifestants. Pouvez-vous nous décrire ce qui se passait dans la ville ?
Marika Mikiashvili : J’ai passé tout le week-end dans ces manifestations et je pense qu’il est devenu impossible de les arrêter. Comme elles se poursuivent depuis des semaines, le gouvernement a décidé d’annoncer un long week-end de Pâques dans l’espoir que de nombreuses personnes quittent la capitale. Mais les citoyens ont d’autres ambitions. Parallèlement au rassemblement devant le parlement, où se déroulent habituellement toutes les manifestations en Géorgie, un grand groupe de manifestants a bloqué la place des Héros à Tbilissi, où ils ont été attaqués par la police. Des milliers de personnes ont commencé à marcher vers la place des Héros pour les soutenir. Cela a entraîné un blocage total de la ville.
Nous avons crié : « Toutes les routes doivent être bloquées, sauf la route vers l’Europe ! » Vous voyez, le mouvement contre le gouvernement est maintenant très large, il est décentralisé et autonome. On n’a jamais vu un mouvement populaire comme celui-là en Géorgie.
J’ai remarqué que de nombreux manifestants utilisaient des symboles nationaux ukrainiens. Peut-on parler d’un Maïdan géorgien ?
C’est une comparaison naturelle pour vous c’est vrai, mais en Géorgie, nous évitons ce genre de comparaisons, car elles permettent à la propagande gouvernementale de montrer les manifestants comme des provocateurs qui cherchent le sang et la guerre.
Mais pour ce qui est des drapeaux ukrainiens brandis dans nos manifestations, il y a une explication très claire : 87 % des Géorgiens déclarent que la guerre qui a lieu en ce moment en Ukraine est aussi notre guerre. De nombreux Géorgiens se battent actuellement en Ukraine. Nous savons tous que le sort de la Géorgie se jouera également sur le front ukrainien. Nous sommes tous ensemble dans ce combat, contre un seul ennemi.
Pourtant, l’ennemi des Géorgiens qui manifestent est au pouvoir du pays…
Le parti Rêve Géorgien n’a pas été élu par les citoyens en tant que parti pro-russe, et les Géorgiens ont clairement et massivement exprimé leur volonté de rejoindre l’Union européenne depuis un certain temps déjà. Le gouvernement a prétendu faire tout ce qui est en son pouvoir en ce sens. Ce n’est que lorsque la Russie a envahi l’Ukraine que le parti Rêve Géorgien a explicitement commencé à tenir un discours anti-occidental et anti-ukrainien.
Ils nous menacent bien sûr en disant que la Géorgie peut devenir un deuxième front de guerre et qu’ils sont les seuls à pouvoir assurer la paix. Bien sûr, la population s’inquiète de cet argument, d’autant que nous avons connu plusieurs guerres avec la Russie au cours des trente dernières années. Pourtant, nous sommes tous conscients que ce que le parti au pouvoir appelle la « paix » consiste, en réalité, à nous vendre à la Russie. La Géorgie est en train d’être cédée à la Russie. Ce n’est pas ça, la paix, pour les Géorgiens.
Comment expliquer que le soulèvement se soit produit après le vote de la loi sur les agents étrangers ?
L’année dernière, ils ont déjà essayé de présenter une loi sur les agents étrangers [qui désignerait toutes les ONG et les médias recevant des fonds de l’étranger comme des « organisations exerçant une influence étrangère » N.D.L.R.] au Parlement. Les Géorgiens sont des manifestants plutôt timides, tout le monde a donc été surpris de constater que les gens descendaient soudain d’eux-mêmes dans la rue. Le gouvernement a été surpris et nous aussi, les partis d’opposition.
Vous savez, les Géorgiens ont cette caractéristique que nous appelons l’intuition nationale. Nous avons immédiatement compris que cette loi allait mettre un terme à notre trajectoire européenne et c’est pourquoi la population a su qu’elle devait se mobiliser. En ce sens, il s’agit presque d’un coup d’État constitutionnel commis par le parti Rêve Géorgien. L’article 78 de la Constitution géorgienne stipule que tous les niveaux de l’autorité géorgienne doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour faire avancer la Géorgie sur la voie de l’intégration à l’Union européenne. Lorsque les cadres constitutionnels sont bafoués par le gouvernement, le peuple doit réagir.
Au-delà des similitudes avec la législation sur les agents étrangers qui existe en Russie, qu’est-ce qui fait de cette loi, comme l’appellent les Géorgiens, une « loi russe » ?
La Russie marque ainsi son territoire, sa zone d’influence. L’année dernière, le gouvernement géorgien n’a pas réussi à faire passer cette loi, mais elle a été adoptée en Serbie, au Kirghizstan et dans les territoires occupés par la Russie, en Abkhazie. Il est vital pour la Russie de contrôler la Géorgie afin de contrôler les Caucase et d’éliminer l’influence occidentale de la région.
Il y a un an, notre gouvernement prétendait que cette loi était une question de transparence, mais aujourd’hui, la figure de proue du parti Rêve Géorgien, l’oligarque Ivanichvilli, déclare que toutes les ONG sont des agents occidentaux qui sont ici pour orchestrer un coup d’État dans le pays. Notre Premier ministre affirme désormais que les Américains préparent une révolution violente en Géorgie. Ils suivent le script de Moscou, que nous ne connaissons désormais que trop bien.
Pour les Géorgiens, le combat pour intégrer l’Europe a déjà été très long et très dur. Comment expliquer cette détermination ?
C’est désormais la première fois dans l’histoire de la Géorgie que l’Europe se dit prête à nous accueillir et accorde le statut de candidat au pays. Nous sommes conscients que nous n’avons jamais été aussi proches de l’intégration. C’est pourquoi toute la nation sait que la voie suivie désormais par le gouvernement est une trahison. Il suffit de regarder les réformes géorgiennes des années 2000. Nous avons fait des choses spectaculaires à cette époque, y compris l’éradication de la corruption. Nous ne cherchons absolument pas à devenir un fardeau pour les Européens. Notre peuple est beaucoup plus avancé que le gouvernement.
Depuis plus de 30 ans, le pasteur René Léonian parcourt l’Arménie et la Russie. Le 24 avril dernier, pour le 109è anniversaire du génocide arménien, il se trouvait en Russie. Interview à quelques jours de la remise de sa médaille de la Légion d’Honneur par le Premier ministre Gabriel Attal.
Vous êtes depuis quelques jours en Russie, pour commémorer le génocide des Arméniens perpétré par le gouvernement des Jeunes Turcs en 1915. Racontez-nous ce qui vous lie à la Russie où vivent plus de 2 millions d’Arméniens.
Oui, je suis en Russie depuis plusieurs jours. La communauté arménienne y est très importante. Cette fois-ci, ma visite pastorale m’a conduit dans plusieurs villes où les Arméniens sont très nombreux : à Sotchi, Krasnodar, Armavir, Saint-Pétersbourg et, bien-entendu, Moscou. J’ai toujours été fasciné par ce pays. Mon premier voyage à Moscou et à Saint-Pétersbourg remonte à 1981, à l’époque soviétique. Pendant plusieurs années, j’ai, également, accompagné des groupes de touristes en Arménie soviétique. Moscou était un passage obligé. J’ai visité un certain nombre de régions et j’espère découvrir la Russie plus à l’est, en allant prochainement en Sibérie.
J’imagine que vous ne faites pas que du tourisme, n’est-ce pas ?
Évidemment, non. L’important est de rencontrer les gens et d’avoir un partage ouvert et sincère. Je suis un pasteur, ne l’oubliez pas. On aborde à la fois les questions de société et les besoins spirituels. L’essentiel réside dans l’écoute réciproque. Le 24 avril, j’ai participé aux commémorations du génocide des Arméniens. Le matin, un recueillement nous a réunis dans la magnifique Église apostolique arménienne de Moscou. J’ai participé au dépôt de fleurs au monument du génocide. L’après-midi, une rencontre, organisée par l’association des Arméniens de Russie et la Municipalité de Moscou, a eu lieu dans la salle des congrès de l’hôtel Président. Plusieurs intervenants arméniens et russes ont rappelé les événements de 1915, tout en faisant un parallèle avec la situation actuelle de l’Arménie dans le Caucase.
« La Foi des montagnes » est la chronique de l’exode tragique de ces chrétiens de l’Artsakh. À travers des rencontres avec des déplacés et leurs familles, de Goris, première ville d’Arménie sur le chemin de l’exil, jusqu’à Erevan, en passant par le centre d’accueil de Kornidzor, le documentaire montre comment les Artsakhiotes tentent de se reconstruire, soutenus par leur foi et par leur attachement profond à l’Église apostolique arménienne qui s’est engagée à leurs côtés pendant le conflit.
Ce film rappelle également le contexte historique et géopolitique dans le Sud Caucase en dressant des parallèles entre la période actuelle et les évènements liés au génocide de 1915. Enfin, il alerte sur les menaces qui pèsent aujourd’hui sur l’ensemble de l’Arménie et sur son héritage chrétien, dans la ligne de mire des poussées expansionnistes azerbaïdjanaises.
Une coproduction 1001 Bornes Production/PARCE QUE PRODUCTION/KTO 2023 – Réalisée par Thibault La Flaquière et Erwan Loussot
Linda Lorin nous emmène à la découverte de notre patrimoine artistique, culturel et naturel. Arte TV disponible jusqu’au 27/95/2024 Voir un raccourci en Vidéo disponible au-delà de cette date
En Arménie, un poète russe loin de l’oeil de Moscou L’Arménie aura offert à Ossip Mandelstam la promesse d’un monde nouveau. Ce poète russe est l’un des plus sensibles et des plus talentueux de la génération d’artistes qui a vu naître l’URSS au début du siècle dernier. En Arménie, loin de l’oeil de Moscou, le poète avide de liberté cherche à échapper aux heurts de la modernité soviétique. Fou de l’Arménie, de ses paysages et de sa culture millénaire, le livre qu’il y consacre est l’un de ses tout derniers.
Réalisation : Fabrice Michelin Présentation Linda Lorin Pays France Année 2023
C’est en effet la fête la plus importante de l’Église Apostolique arménienne, dans un pays qui fut le premier État à adopter le christianisme comme religion officielle en l’an 301.
Elle est la célébration majeure de l’Église universelle. Cette fête est le symbole du retour à la vie, un jour de joie où l’on célèbre la famille, les ancêtres et le foyer.
Vous pouvez réécouter la très intéressante émission « Chrétiens orientaux » de S. de Courtois sur France-Culture
Vous trouverez sur le site d’AgurArménie des recettes de Pâques et d’autres recettes de cuisine arménienne
La violoncelliste Astrig Siranossian devant le monastère arménien de Tatev, à quelques kilomètres de la frontière avec l’Azerbaïdjan. COPYRIGHT: ANTOINE AGOUDJIAN pour Le Figaro
À l’est de la piste du petit aéroport de Kapan, sud de l’Arménie, région du Syunik, les pentes s’élèvent, rapides, vers le ciel sombre. Les montagnes sont tombées sous le contrôle de l’Azerbaïdjan. Les drapeaux azéris ne flottent pas ce soir sur les crêtes parce qu’il pleut. « Quand ils claquent, c’est la torture », dit M. Haroutiounian, sous-préfet de la région. Il y a six mois, en septembre 2023, des troupes azéries, chauffées par trente ans de discours d’État, s’emparaient du Haut-Karabakh (Artsakh pour les Arméniens) et le nettoyaient, selon le terme du président Aliev.
Ce petit plateau fertile, arménien depuis deux millénaires, se trouvait enclavé sur le territoire azéri, au terme d’un siècle de tripatouillage soviétique et de conflits frontaliers récents. Pour la première fois dans l’Histoire, la continuité de la présence des Arméniens sur la terre d’Artsakh était rompue. La continuité est l’affiliation des corps à un sol. « Que peu de temps suffit pour changer quelque chose », écrit le Hugo de la Tristesse d’Olympio. En l’occurrence, il fallut trois jours.
Une civilisation
Depuis deux mille ans, des Arméniens cultivaient la terre de l’Artsakh. Mais l’éternel retour est l’autre nom de l’Histoire et l’actualité, la répétition d’un même récit. L’Arménien bâtit, le cavalier déboule : voilà la vieille rengaine de l’Artsakh. Les morts y reposaient. La vigne se chargeait de la circulation des pensées. Les cloches du monastère de Chouchi battaient la mesure. Cette tresse du paysage, des hommes et du ciel s’appelle une civilisation. Parfois, rideau. Préalablement, de décembre 2022 à septembre 2023, pendant neuf mois, l’Azerbaïdjan avait soumis les 100.000 Arméniens de l’Artsakh à un blocus intégral. Les affameurs avaient cru que les Arméniens quitteraient les lieux, poussés par la famine. C’était sans compter la noblesse d’âme. Aliev n’avait pas prévu cela. Comment aurait-il pu ? Les Arméniens restèrent.
Les Artsakhiotes ont le sentiment de revivre le cauchemar des Arméniens chassés de leurs terres par les Turcs en 1915. ANTOINE AGOUDJIAN pour Le Figaro Magazine
Des centaines de morts
Les Azéris revinrent à leur méthode naturelle : le yatagan, c’est-à-dire l’attaque. Les troupes azéries lancèrent l’attaque surprise le 19 septembre 2023. Cent mille Arméniens arrachés à leurs maisons se ruèrent sur les routes pour fuir « le Turc », comme disent les déracinés dont les visages ressemblent à des sabliers cassés. L’exode sema ses centaines de morts sur la route. La force d’interposition russe ne s’interposa pas. L’Europe, prompte aux indignations, ne réagit pas. Bruxelles est trop occupée à commercer avec Bakou. La capitale du petit dragon prometteur va abriter cet automne la COP29. Qu’est-ce qui leur prenait à ces ploucs de l’Artsakh de perturber la World Company ? En trois jours, les habitants de l’enclave rejoignirent la maison-mère. La prochaine proie des Azéris sera-t-elle l’Arménie souveraine elle-même ? Erevan est-elle prête à défendre son territoire ?
La prochaine proie des Azéris sera-t-elle l’Arménie ? Saura-t-elle se défendre ? Dix mille déplacés de l’Artsakh en doutaient: ils ont poursuivi le chemin de l’exil vers la Russie
Dix mille déplacés de l’Artsakh en doutaient : ils ont poursuivi le chemin de l’exil vers la Russie. Les autres vivent précairement, depuis six mois, distribués dans les villages d’Arménie, dans des familles, relogés dans l’urgence. L’État leur a alloué pendant six mois une subvention d’urgence. Cette année, six mois jour pour jour après l’invasion azérie, nous entrons, la violoncelliste française Astrig Siranossian, le photographe Antoine Agoudjian, Jean-Christophe Buisson et moi-même dans l’appartement d’un quartier soviétique d’Erevan. Evguénia, dont le mari est mort au combat, nous ouvre la porte du deux-pièces de 30 m2, loué avec les 120 euros de l’aide d’État. Sa sœur Suzanna et une amie, Luciné, sont avec elle. Quand un Arménien vous reçoit à sa table, il part du principe que vous n’avez rien avalé depuis six jours.
La table croule sous les crêpes aux herbes, témoignage de la profusion perdue. Astrig a apporté de France une bouteille d’Agos (le sillon), un vin rouge produit par sa mère Marie, sur les coteaux d’Areni. Le chagrin arménien sait nager dans le vin. Il y a aussi la mère d’Evguénia, statue muette, sur le canapé. L’Histoire est passée devant ses yeux. Antoine Agoudjian connaît ces regards arrêtés. Il les photographie depuis 2016, à la frontière ou sur la ligne de front. Dans la petite salle commune, le fils d’Evguénia, Never (qui signifie cadeau), 14 ans, se met au violoncelle. Astrig Siranossian l’accompagne sur son instrument dont elle fera tout à l’heure justement cadeau à l’adolescent. « Les kakis étaient mûrs, le Turc est arrivé. On a sauté dans une voiture, raconte Evguénia. Avec le violoncelle ».
Never (14 ans) n’a pas voulu quitter Stepanakert sans son violoncelle lors de l’exode en septembre dernier. ANTOINE AGOUDJIAN pour Le Figaro Magazine
Comment ne pas confronter les visions ?
Dans la pièce s’élève en duo l’une de ces mélodies paysannes recueillies par le compositeur Komitas avant que le vent turc emporte la mémoire. Je sais que le choc des civilisations est une lecture simplificatrice de l’Histoire. Mais comment ne pas confronter les visions ? D’un côté, les selfies d’Aliev à Stepanakert, serré dans son costume de satrape oligarchique. De l’autre, une voiture de l’exode, avec un violoncelle sur le toit. Non loin, nous poussons la porte du SPFA (Solidarité protestante France-Arménie), structure accueillant des jeunes femmes francophones. Une quinzaine d’entre elles, enfuies de leur pays perdu, racontent les événements de septembre.
On demande à Kristina ce qui lui manque le plus de sa vie en allée. On s’attend à ce qu’elle évoque le confort de sa maison. Elle dit: « Nos tombes »
es frères, les pères, les fiancés de ces filles sont morts au combat en 1994, 2016, 2020, 2023. Pendant la guerre des 44 jours, en 2020, beaucoup d’hommes tombés au combat n’avaient pas 21 ans. On demande à Kristina – yeux de charbons, pupilles en feu – ce qui lui manque le plus de sa vie en allée. On s’attend à ce qu’elle évoque le confort de sa maison. Elle dit : « Nos tombes ». Puis quitte la pièce, étranglée d’émotion. Plus tard, Nona, voyageuse sans bagage nous dira : « Je ne veux pas que mon fils enterré reste sous les pieds de ces gens. » Ainsi en va-t-il des réfugiés de l’Artsakh. Ils ne désirent pas vivre mieux ailleurs. Ils veulent rentrer mourir chez eux. C’est une spécificité notable chez ces exilés-là.
Les étudiantes artsakhiotes francophones se retrouvent à Erevan, dans le club de lecture de la SPFA. ANTOINE AGOUDJIAN pour Le Figaro Magazine
Le Syunik sous la menace
Nous roulons vers le Syunik, région de l’Arménie australe dont les Turcs voudraient faire le couloir de communication entre la région anatolienne et la profondeur caspienne. Le Syunik est la dernière pièce manquante à Erdogan pour reconstituer son grand puzzle turco-steppique. Dans les montagnes centrales, un camion géorgien a dérapé au sommet du col de la route de Goris, à 2 400 mètres, encastrant son hayon dans les congères. La neige tombe, la route est bloquée. On attend le bulldozer, dépêché d’un village. Il est une heure du matin. Les rafales couchent la neige dans le faisceau des phares. Astrig lit Calligrammes à la lampe frontale.
La poésie, c’est quand le verbe vient à la rescousse du présent. Parfois elle s’y superpose. Apollinaire parle de l’Arménie, sans le savoir, cent neuf ans auparavant : « Le Christ n’est donc venu qu’en vain parmi les hommes? » Mais il ajoute, plus loin : « C’est pourquoi faut au moins penser à la beauté. » Astrig y pense sans cesse. Elle croit même que la beauté conjure le tragique. Elle ne se sépare pas de son recueil de partitions et fredonne des mesures continuellement, comme si elle lisait la musique dans les portées de la vie, du paysage et des visages, à tout instant.
Lamento
Elle a fondé en 2019 l’association Spidak-Sevane offrant concerts, répétitions et leçons de musique aux jeunes réfugiés. En arrivant à Erevan, il y a deux jours, nous étions allés à Bardak (bordel, en russe), à la fois studio de musique et salle de concert aménagé au premier étage d’un bar. À la nuit tombée, de jeunes réfugiés soutenus par l’association transmuent le chagrin en lamento ou bien ravalent leurs larmes dans les chants de leur vieille jeunesse d’enfants graves. Astrig au violoncelle les entraîne dans un bœuf mi-rock, mi-trad. Ce sont des mélopées steppiques, des électrocutions jazzy, des incantations de décombres ou des prières aux amours mortes. L’un des musiciens sort le duduk, flûte traditionnelle arménienne et arme de dépression massive qui expulse les sanglots repris de l’archet par Astrig.
Nous rencontrons 15 des 184 réfugiés installés à Shinuhayr: destin de déracinés, têtes de déterrés, fronts d’humiliés. Les damnés de la terre, au moins, eux, ont une terre
Il est poignant de la voir, elle, enfant prodige de la France, enfant prodigue de l’Arménie, elle, la musicienne ultra-classe des philharmonies européennes, improviser des sessions musicales avec des jeunes déracinés. Jusqu’à minuit, opération d’expulsion du chagrin et de la pitié à la groovebox et à la corde. Sur la route, la tempête se calme, la caravane passe, le jour revient, nous atteignons le monastère de Tatev. Un téléphérique de cinq kilomètres nous entraîne au sommet du promontoire. L’installation a été financée par le milliardaire Ruben Vardanyan, mécène que les Azéris détiennent en otage avec sept autres personnalités politiques de l’Artsakh (il en a été le ministre d’État, c’est-à-dire le premier ministre, durant le blocus).
Dans l’entrée de la maison communale de Shinuhayr sont affichées les photos des enfants du village tombés sous les balles azerbaïdjanaises depuis 1992. ANTOINE AGOUDJIAN pour Le Figaro Magazine
Astrig s’assied au violoncelle devant le clocher dans un brouillard épais, sulfurique. Elle a revêtu une robe pâle. En 1989, à Berlin, Rostropovitch chantait la liesse au pied d’un mur qui s’effondrait dans les fleurs. Trente-cinq ans plus tard, Astrig donne les mesures d’une thrène « lugubre et fantomatique », comme écrit Beethoven en didascalie d’une sonate. Seule consolation dans cette scène : Tatev a résisté à toutes les invasions, les séismes et les guerres. Il dresse ses croix au-dessus de la rivière Vorotan depuis le Xe siècle. Mais qu’importe ces dates dans un monde où les institutions politiques de l’Europe ne croient plus à la légitimité du Temps ? La musique d’Astrig a transformé le téléphérique en symbole de l’espoir arménien. Suspendues à un fil, les cabines, parfois, percent la couche.
Tous les soirs, des réfugiés d’Artsakh se retrouvent au Bardak, à Erevan, pour chanter leur nostalgie du pays perdu. ANTOINE AGOUDJIAN pour Le Figaro Magazine
Le retour, mais quand ?
Plus tard, dans le village de Shinuhayr, à quelques kilomètres de la frontière azérie, le maire Samuel Lalayan nous invite à rencontrer 15 des 184 réfugiés installés dans son village : destin de déracinés, têtes de déterrés, fronts d’humiliés. Les damnés de la terre, au moins, eux, ont une terre. Le maire nous raconte le chaos de l’arrivée des familles expulsées de leurs champs sans avoir même le temps de comprendre que tout était fini. « Nous étions certains de revenir très vite quand nous avons barricadé nos maisons », dit Hayk. L’intégration de ces réfugiés s’est faite naturellement : l’Arménie accueillait ses frères de la montagne. Agoudjian se souvient de l’exode de septembre 2023 et de la manière dont Erevan avait efficacement mené sa politique d’accueil. « En 1990, nous nous entraînions, mais aujourd’hui, nous avons cédé sous le nombre », dit le vieux Edik courbant sa tête aux cheveux ras.
La Commission européenne veut bien pleurer (un peu) avec Erevan mais continue de commercer (beaucoup) avec Bakou. Sans convenir que signer le contrat avec l’un, c’est signer la mort de l’autre
Quand on demande aux hommes ce que l’avenir signifie pour eux, ils répondent : « Le retour, le retour et seulement le retour. Comment imaginer l’exil alors que nos fils sont enterrés là-haut? ». Et quand on demande aux femmes de nous chanter une chanson, Nona répond : « Le chant c’est la joie, impossible pour nous. » Sa voisine : « On préfère qu’Astrig joue du violoncelle. » Et une fois encore, l’archet vient au secours. Les Artsakhiotes ne varieront pas. Seul, pour eux, compte le retour. Malheureusement, commence à s’élever une voix dans le pays. Elle ressemble à l’esprit du temps mondial. Six mois après l’amputation de l’Artsakh, une partie de la population arménienne se dégrise de ses élans fraternels. On voudrait oublier cette histoire : on a sacrifié l’enclave, tout devrait s’arranger. « L’État ne distingue plus le statut des déplacés et celui des citoyens de l’Arménie », martèle le sous-préfet de Kapan.
Il ajoute, sanglé dans son costume trois pièces : « L’Arménie est au carrefour des anciennes routes de la soie, elle peut devenir un centre de la paix! » Traduction : ravalons nos larmes mes frères, business must go on ! Que de promesses pour les entrepreneurs heureux ! Déjà, à Erevan, la veille, le président de la République Vahagn Khatchatourian nous servait la même sotériologie libérale parlant de « carrefour des échanges » avec ruissellement de prospérité pour tous, appelant de ses vœux la reprise du commerce avec la Turquie et nommant « concurrents » ceux-là mêmes qui appellent à l’extermination totale de toute présence arménienne sur la Terre. Il est certes facile, depuis Paris, de désirer romantiquement que les Arméniens continuent le combat sur la brèche. Comment en vouloir à un gouvernement de se lancer dans une politique de développement économique ? Mais avouons que ces cœurs actifs, persuadés du primat de l’économique sur le politique, ressemblent au mouton qui désire négocier avec le couteau.
Samvel Shahramanian, dernier président d’Artsakh. ANTOINE AGOUDJIAN pour Le Figaro Magazine
Prince abandonné
En Europe, le même double discours parachève la tragédie arménienne. La Commission européenne veut bien pleurer (un peu) avec Erevan mais continue de commercer (beaucoup) avec Bakou. Sans convenir que signer le contrat avec l’un, c’est signer la mort de l’autre. Sans avouer que la croissance (séductrice) masque le croissant (conquérant). Tout accommodement avec la partie engagée dans l’extermination contredit pourtant l’amitié. On ne peut pas être en même temps au monastère de Tatev et à la Chambre de commerce de Bakou. Il faut choisir. Ce qui n’est pas un mode opératoire moderne.
Le retour est irréaliste. L’hostilité est totale entre nos deux peuples, il faut renforcer la frontière de l’Arménie souveraine, car les Azéris continueront
Samvel Chakhramanian, président du gouvernement en exil de l’Artsakh
À Erevan, un homme tient un discours lucide, grave, ferme. Il n’a pas le choix. Samvel Chakhramanian, président du gouvernement en exil de l’Artsakh (lire notre interview), occupe un bureau vide dans une petite maison de la capitale, construite dans cette pierre de tuf qui donne sa couleur bistre à toute la ville. La bâtisse de l’époque soviétique abritait l’administration de l’Artsakh avant l’invasion de 2023. Aujourd’hui, le président erre dans le couloir en prince abandonné, assurant l’intérim, c’est-à-dire la dormition. La hampe de bois qui soutient le drapeau de l’Artsakh est brisée. Samvel Chakhramanian ne barguine pas. D’une voix sourde : « Le retour est irréaliste. L’hostilité est totale entre nos deux peuples, il faut renforcer la frontière de l’Arménie souveraine, car les Azéris continueront. »
Pendant quarante ans la politique d’Erevan, trop confiante, préoccupée des seuls impératifs de l’économie, a fait baisser la garde. Les territoires, reconquis sur l’Azerbaïdjan en 1994 furent les lauriers sur lesquels le pays s’endormit. De l’autre côté de la frontière, l’Azerbaïdjan mettait à profit les deux dernières décennies pour réécrire le génocide de 1915, et préparer l’assaut. Nier le passé, venger l’avenir : politique d’Aliev. Samvel, président d’une tour défaite, plus malheureux que le malheur, sait que l’avenir passe par le renforcement de l’armée. Il faut tenir ses lignes, armer les positions, se préparer, prévenir l’attaque. Consolider la défense, en somme. Dans ce monde, les affaires ne suffisent pas. Qui l’écoutera ?
«Que faire ?»
Gabriel Attal, au dîner du Conseil de coordination des institutions arméniennes de France, le 20 mars, à Paris, tenait cette même ligne, martiale et réaliste, répétant que la France ne dérogerait pas à sa mission de soutien à l’Arménie et poursuivrait l’effort au plan militaire. Mais que croire des pétitions d’intention de ces jeunes hommes brillants ? Dès qu’un dirigeant français dit « Plus jamais ça », un Turc se dit au même moment « Recommençons » et un Arménien pense « Ils vont revenir ».
Dès qu’un dirigeant français dit « Plus jamais ça », un Turc se dit au même moment « Recommençons » et un Arménien pense « Ils vont revenir »
À Erevan, dans le cimetière d’Erablur, en pleine nuit, quelques heures avant le retour à Paris, sous une pluie battante, Astrig Siranossian et Antoine Agoudjian visitent les morts de la guerre de 2020. Sur les versants dévalent les tombes frappées du nom des jeunes conscrits, morts sur le front. En bas, bruisse la capitale éclairée. Les tombes ruisselantes atteindront-elles un jour le pied de la colline ? « Il faut rejoindre la marche du temps », pensent les marchands du centre des affaires. « Le temps, c’est nous », disent les stèles. Hovhannès Guévorkian, représentant de l’Artsakh en France depuis 2003 nous guide dans les travées. Il se confie : « Pourquoi sont-ils morts et que faire »?
Ne pas insulter leur sacrifice en négligeant l’urgence défensive. La continuité historique, c’est la frontière géographique. Sylvain Tesson
Le cimetière d’Erablur, à Erevan, ouvert jour et nuit. ANTOINE AGOUDJIAN pour Le Figaro Magazine
La cérémonie aura lieu le mercredi 24 avril 2024 à 11hdevant la Stèle de la Mémoire futureau Monument aux Morts de Biarritz, Esplanade des Anciens Combattants de Biarritz, en présence de Monsieur Fabrice Rosay, sous-Préfet de Bayonne , de Madame Maïder Arosteguy, Maire de Biarritz , les officiels et tous les Amis de l’Arménie.
Ce 109ème anniversaire du début programmé de la substitution d’un peuple par un autre est la marque temporelle à jamais indélébile d’un génocide qui a réussi !
Le peuple arménien autochtone, artisan d’une culture incomparable, précurseur de la religion chrétienne a disparu de sa terre originelle en Asie Mineure. On le retrouve disséminé en particulier en France et ici, au Pays Basque, région sœur de l’Arménie.
Cette journée nationale illustre la grande fraternité qui unit depuis toujours nos deux cultures.
Ce samedi 9 mars, Léa Salamé et Christophe Dechavanne ont reçu Patrick Fiori sur le plateau de Quelle époque ! Les deux journalistes ont été témoins d’un beau moment de télévision. Voir la vidéo (extrait)
Léa Salamé, journaliste, a été émue aux larmes par la surprise de Patrick Fiori, qui a chanté l’hymne arménien « Mer Hayreníq » lors de l’émission « Quelle époque ! » le 9 mars.
Patrick Fiori, de son vrai nom Patrick Chouchayan, a préparé cette surprise pour Léa Salamé pour marquer la sortie de son nouvel album « Le chant est libre », soulignant leurs racines arméniennes communes.
Né de parents d’origines corse et arménienne, Patrick Fiori a évoqué les récits de sa famille au sujet du génocide arménien.
L’interprète de 4 mots sur un piano a alors partagé son émotion et sa fierté. « Ce que j’ai ressenti, c’est surtout les histoires de ma famille, de la maison oubliée du côté du Haut-Karabakh qui aujourd’hui appartient aux Azéris. Des Turcs qui sont entrés dans ce village », a-t-il relaté. « J’ai revu tout ce que mon père m’a raconté sans jamais de haine, sans jamais pointer l’autre ». Le chanteur a révélé que les Turcs étaient entrés dans le village où reposent ses arrière-grands-parents, empêchant ainsi sa famille de s’y rendre. « Je ne peux plus emmener ma famille. Je voulais les amener là-bas, mais je ne pourrai plus jamais« , a-t-il insisté. Il a raconté un moment fatidique dans l’histoire de sa famille : « Les Chouchayan étaient en train de prier, et les soldats ont oublié une maison. » Il a conclu en affirmant : « Je suis un enfant rescapé ».
Allocution de Clément Parakian, Président de AgurArménie, et lecture de la lettre à Mélinée par Marie-Isabelle Branco à Biarritz le 21 fév 2024, suivi du poème d’Aragon chanté par Léo Ferré.
Le résistant d’origine arménienne Missak Manouchian et son épouse Mélinée, accompagnés par 23 compagnons d’armes, sont entrés mercredi au Panthéon, un hommage ultime pour ces combattants de l’ombre longtemps oubliés.
« Missak Manouchian, vous entrez ici toujours ivre de vos rêves, l’Arménie délivrée du chagrin, l’Europe fraternelle, l’idéal communiste, la justice, la dignité, l’humanité. Rêve français, rêve universel. Missak Manouchian, vous entrez ici avec Mélinée en poète de l’amour heureux ». C’est par ces mots que le président Emmanuel Macron a rendu hommage au résistant arménien Missak Manouchian pour son entrée au Panthéon, mercredi 21 février.
Accompagnée par son épouse Mélinée, elle aussi résistante, cet ouvrier, poète, militant communiste, exécuté par les nazis, il y a 80 ans jour pour jour au Mont-Valérien, a rejoint le temple républicain. « Missak, vous entrez ici en soldat », a insisté le chef de l’État, rappelant le souhait du résistant d’être considéré comme un membre de l’armée française ayant œuvré pour la Libération de son pays de cœur.
Une affiche « qui ne fortifia que l’amour »
Missak Manouchian et ses camarades sont entrés dans la légende grâce à l’affiche de propagande créée par l’occupant et connue sous le nom d' »Affiche rouge ». Destinée à faire peur à la population en montrant des résistants étrangers à l’air hagard et hirsutes et présentés comme « l’armée du crime », cette affiche les a au contraire transformé en héros. Une « affiche qui voulait exciter les peurs et qui ne fortifia que l’amour », a résumé Emmanuel Macron.