Des réfugiés arméniens du Haut-Karabakh arrivent en Arménie près du village de Kornidzor (Arménie), le 27 septembre 2023. ERIC GRIGORIAN POUR « LE MONDE »
Voir l’article du journal « Le Monde » du 28/09/2023
La République autoproclamée du Haut-Karabakh va disparaître. Un décret publié jeudi 28 septembre, signé par le président de l’enclave, Samvel Chahramanyan, annonce la dissolution de l’enclave peuplée d’Arméniens en Azerbaïdjan. Cette décision historique entérine la défaite totale des autorités séparatistes, une semaine après l’offensive victorieuse de Bakou sur ce territoire du Caucase, au cœur d’un conflit vieux de plus de trente ans.
Le décret prévoit de « dissoudre toutes les institutions et organisations étatiques (…) d’ici au 1er janvier 2024 ». En conséquence, à cette date, « la République du Haut-Karabakh (Artsakh) cesse d’exister ». La population de l’enclave, « y compris ceux qui sont hors de la République », est invitée à « lire les conditions de réintégration présentées par la République d’Azerbaïdjan, afin de prendre une décision indépendante et individuelle sur la possibilité de rester (ou retourner) dans le Haut-Karabakh ».
Le document précise que le président a pris cette décision « compte tenu de la situation militaro-politique complexe », en se fondant sur « la priorité de garantir la sécurité physique et les intérêts vitaux du peuple d’Artsakh [appellation arménienne du Haut-Karabakh] », qui fuit massivement après la capitulation militaire des forces séparatistes, actée par l’accord de cessez-le-feu signé le 20 septembre sous l’égide de Moscou.
Des réfugiés arméniens quitte le Haut-Karabagh, le 28 septembre 2023. Photo prise près de Goris, en Arménie. PHOTO Alain J
Ces derniers jours, les événements se sont succédé à une vitesse étonnante. En effet, rappelle le journal, en l’espace de vingt-quatre heures seulement, “une offensive éclair menée par l’Azerbaïdjan [commencée le 19 septembre] a contraint le gouvernement du Haut-Karabakh à capituler et à accepter de démanteler ses forces armées”.
Et maintenant que va devenir la Région du Siounik située au sud de la République d’Arménie ?
Après avoir envahi le Haut-Karabagh, l’Azerbaïdjan revendique un couloir pour se relier avec le Nakhitchevan en confisquant le sud de la Région du Siounik.
«Chaque jour apporte son lot de récits de pillages, de tortures, de crimes de guerre dignes des pires conflits de la fin du XXe». Alexander Patrin/TASS/Sipa USA/S
L’écrivain a voulu croire Emmanuel Macron lorsque ce dernier promettait qu’il se tiendrait toujours du côté des Arméniens. Encore une fois – peut-être la dernière -, Sylvain Tesson a décidé de s’adresser à lui.
Cet article est issu du Figaro Magazine.
Les 19 et 20 septembre, l’Azerbaïdjan a lancé une nouvelle fois son armée suréquipée à l’assaut des villages et des villes d’Artsakh/Haut-Karabakh. En vingt-quatre heures, plus de 200 Arméniens ont été tués, et au moins 400 blessés, poussant les autorités locales à déposer rapidement les armes. Depuis, plusieurs milliers d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards ont pris la route de l’exode pour l’Arménie dans des conditions effroyables. Une épuration ethnique en bonne et due forme: dans quelques jours, 120.000 Artsakhiotes auront sans doute quitté leur terre, mettant fin à deux mille cinq cents ans de présence arménienne dans cette région montagneuse christianisée dès le Ve siècle.
Chaque jour apporte son lot de récits de pillages, de tortures, de crimes de guerre dignes des pires conflits de la fin du XXe et de celui de l’Ukraine. Et pourtant. Face à cette barbarie, aucun pays occidental n’a daigné intervenir ni même condamner formellement ni sanctionner le satrape Ilham Aliev: il ne s’agirait pas d’offenser celui qui vend chaque année à l’Union européenne plusieurs milliards de mètres cubes de gaz…
Depuis trois ans, «Le Figaro Magazine» enquête, alerte, prévient sur la situation. Cette chronique d’une tragédie annoncée a été ponctuée de reportages et d’analyses, mais aussi d’interpellations du président de la République par Sylvain Tesson, qui a voulu croire Emmanuel Macron lorsqu’il promettait qu’il se tiendrait toujours du côté des Arméniens.
Encore une fois – peut-être la dernière -, l’écrivain s’adresse à lui.
«Monsieur le Président,
Au moment où vous receviez le roi (d’Angleterre), un royaume tombait. L’Artsakh, terre cultivée par les Arméniens chrétiens depuis deux mille ans a été attaqué par l’Azerbaïdjan, au mépris du droit international, des préséances de l’Histoire.
Rien n’est similaire à l’agression russe en Ukraine – ni les effectifs ni la surface – et en même temps, tout est comparable: il y a un violeur et un violenté. Pourquoi certains pays déclenchent-ils nos interventions tandis que d’autres s’éteignent, abandonnés?
Nous ne sommes pas naïfs. Nous savons qu’il y a tout ce que nous ne savons pas: les intérêts d’États, le jeu des alliances, les mimétismes médiatiques, les chasses gardées, les rivières invisibles, les menaces immédiates, les enjeux profonds. Mais il y a aussi tout ce que nous savons car nous le sentons. L’Arménie est une continuation de l’Europe, l’ambassade de nous-mêmes à la lisière turco-caspienne. Nos peuples se reconnaissent, ce qui est plus important que de se connaître. C’est une démocratie, une nation chrétienne. On y boit le vin. Les femmes n’y portent pas le voile islamique. On y vit libre. On y parle le français. On y rêve de liberté. On prie sous les églises. On respecte les droits de l’homme. Pour tout cela, nous voyons un miroir dans ces rochers. Il y a des choses du domaine de l’inexplicable et de l’intangible. Là-bas, la lumière à travers les tonnelles est de la même qualité que sur nos rivages. Nous pensions que jamais l’Europe ne laisserait mourir l’Artsakh.
Une semaine après l’assaut de l’armée azérie sur l’Artsakh… NAREK ALEKSANYAN/EPA/MAXPPP
Seulement voilà. À l’ouest, il y a la Turquie puissante dirigée par un imprécateur qui en appelle à l’Islam martial pour rebâtir sa grandeur aux portes de l’Europe. À l’est, l’Azerbaïdjan, petit dragon très capable, avec son gaz et sa croissance, ses armements modernes et ses programmes de nouvelle technologie. Nombreux en France sont séduits par Bakou. On les entend: «En voilà une chouette petite nation! Acceptons ses cadeaux, faisons affaire! Et comme Mme Aliev, avec sa coiffure très “7e arrondissement”et sa fondation culturelle, est avenante et généreuse!»
Donc, tombe l’Artsakh qui, lui, n’a pas de gaz ni de première dame à tailleur. Les Azéris avancent à l’est. Les Turcs sont à l’ouest. Dans l’anatomie qui est la géopolitique du corps, cela s’appelle une mâchoire. On connaît l’alexandrin d’Hugo dans Les Orientales. «Le Turc a passé là, tout est ruine et deuil.» Les églises seront détruites, les hommes pourchassés, les mémoires effacées. La Croix reculera. Car, quoi qu’en disent les esprits forts, là-bas se joue aussi une guerre de religion.
Tout cela a commencé. L’épuration ethnique se poursuivra. L’ancien président du TPI parle déjà d’un génocide à l’œuvre dans l’enclave arménienne où plus de 100.000 Arméniens meurent de mauvais traitements. Et demain? Puisque le président Aliev a triomphé de nos empêchements ou de nos impuissances, pourquoi d’autres despotes ne s’inspireraient-ils pas de lui? «Cet os à ronger me plaît, dira le prochain père Ubu steppique, il est à moi»! Et c’est ainsi que nos renoncements instaureront une jurisprudence du bouledogue.
Et de votre côté, Monsieur le Président, que se passera-t-il? Vous condamnerez «fermement» (ce sera le terme utilisé). Il y aura des communiqués. On entendra des choses superbes. Vous les direz brillamment. Votre voix sait faire vibrer les cœurs. Vous parlerez des «valeurs de la démocratie».
…des milliers d’Arméniens ont pris le chemin de l’exode. NAREK ALEKSANYAN/EPA/MAXPPP
Vous promettrez l’action. Nous ne vous croirons plus. Vous-même, vous croyez-vous?
En septembre 2020, nous étions, Jean-Christophe Buisson et moi-même, allés rendre compte pour Le Figaro Magazine des agressions commises par les forces du président Aliev en Artsakh pendant «la guerre des 44 jours». Déjà, des jeunes gens de 20 ans mouraient sur la frontière, brûlés au phosphore par les bombes d’Aliev.
En 2022, nous étions retournés tous les deux à l’entrée du corridor de Latchine, aorte asphaltée qui relie l’Arménie à son enclave. Vous aviez répondu à nos appels. Assez isolée en Europe, votre voix avait condamné les Azéris. Vous m’aviez convié avec vous chez le Saint-Père. À Rome, tous deux, avions été déçus. François ne s’intéressait pas aux Arméniens. Préoccupé à juste titre de la tragédie des migrants, il ne pouvait tout de même pas, en plus, s’occuper de chrétiens du fond des âges!
En 2023, vous nous aviez reçus à l’Élysée, toujours avec Jean-Christophe Buisson du Fig Mag, mais aussi quelques amis – Pascal Bruckner, Hugues Dewavrin, Stéphane Hasbanian, Olivier Weber, Youri Djorkaeff. Vous parliez énergiquement. Vous vous attendiez aux attaques imminentes d’Aliev. «C’est pire que ce que vous croyez, aviez-vous dit, en ajoutant: je n’abandonnerai jamais les Arméniens.»
Nous étions contents: il y avait une expression du courage au sommet de l’État. Nous étions confiants. Nous connaissions dans nos livres d’histoire les moments où la France de Franchet d’Espèrey ou de Dartige du Fournet, de l’Île de Lumière au Vietnam, se portait aux secours des malheureux du monde, en dépit de la raison. Nous étions comme la vieille dame abusée: «le président a compris». Comme il est doux de se faire hypnotiser.
À Kornidzor, la Croix-Rouge accueille les premiers réfugiés. Kommersant/SIPA
Et nos amis, Arméniens de France, qui aiment tant la France, parlent un français rugueux et beau, la défendent souvent, l’embellissent et l’enrichissent, ne participent jamais à aucune émeute ni ne crachent sur la douceur du vieux pays, eux-mêmes nous croyaient quand nous leur disions qu’ils avaient un ami au sommet de la nation.
Et puis rien. Et à présent, fin de la maison d’Artsakh. Vous nous avez dit que vous n’agissiez pas tout de suite parce que vous attendiez le bon moment. Vous l’avez attendu. Il est passé.
Vos intentions étaient nobles. Elles étaient des intentions. La politique, c’est d’attendre le bon moment. Vous avez raison: on le saisit, on est élu. Ensuite, commence l’Histoire. L’Histoire, c’est de forcer le moment. Ce que font les hommes qui y entrent. Entre-t-on dans l’Histoire en gérant la start-up?
Il y avait des possibilités. Vous les connaissez mieux que nous. Déposer des résolutions au Conseil de sécurité. Se rendre physiquement en Arménie. Envoyer des hommes. Stupides enfants de la République, nous pensions que la France, puissance en déclin mais puissance quand même, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, pouvait faire reculer une petite puissance soviéto-pétrolière, possédant la 57e armée du monde, dirigée par un potentat, enrichie par sa rente géologique et excitée par les mirages de restauration d’un empire turco-caspien.
D’autres moments, il y en a. L’Histoire n’est prodigue que d’une chose: d’occasions. L’Histoire n’existe pas. L’Histoire, c’est quand on la crée. En Ukraine, vous avez associé vos efforts au mouvement très général et très beau qui a soulevé le monde et mis en branle l’Europe, alignée sur la politique américaine. Très bien. La France n’a pas démérité et n’a pas fait moins bien que l’Allemagne. En Arménie, vous pouvez encore prendre, avec l’Europe, devant l’ONU, seul ou soutenu, la tête du combat pour la justice, la mémoire, la paix. L’Histoire attend, Monsieur le Président que vous l’écriviez.
Mais peut-être n’est-ce pas le bon moment? Comment le saurais-je?, je ne suis pas un homme politique.
Sylvain Tesson»
L'hypocrisie du @lemondefr qui, pendant 3 ans, a maintenu une équivalence entre #Armenie er Azerbaïdjan quand nous dénoncions le bourreau azéri et prévenions du nettoyage ethnique, qui continue à parler de "séparatistes #armeniens d'#Artsakh, et qui feint de s'inquiéter aujd'hui. https://t.co/nKQKtkEPu0
Soyons tous au ciné CGR de Bayonne (allée de Glain) le mercredi 20 septembre à 19h (veille de l’anniversaire de l’Indépendance de l’Arménie) pour l’Ouverture de la5ème édition du Festival du Cinéma Chrétien de Bayonne
Mercredi 20 septembre
19h : Accueil et pot d’amitié en musique avec Marie-Isabelle qui chantera de sa superbe voix
20h : Ciné-débat -> « La Promesse » en présence de Clément Parakian, président de l’association AgurArménie
1914, la Grande Guerre menace d’éclater tandis que s’effondre le puissant Empire Ottoman. À Constantinople, Michael, jeune étudiant arménien en médecine et Chris, reporter photographe américain, se disputent les faveurs de la belle Ana. Tandis que l’Empire s’en prend violemment aux minorités ethniques sur son territoire, ils doivent unir leurs forces pour tenir une seule promesse : survivre et témoigner.
CGR Bayonne Site Glain Allée de Glain 64100 Bayonne Parking de 800 places, gratuit 4h (Présentation du ticket de parking aux caisses du cinéma lors de l’achat des places)