L’Arménie veut s’émanciper de la Russie – Guillaume Perrier – Le Point 05/06/2026

Le Premier ministre, Nikol Pachinian, en campagne dans le district d’Avan, le 23 mai.
Copyright : ANTOINE AGOUDJIAN pour « LE POINT »

Des milliers de familles se pressent depuis le petit matin autour de la monumentale place de la République, à Erevan. Ce 28 mai, jour de la fête de l’Indépendance, le Premier ministre, Nikol Pachinian, a invité les Arméniens à venir applaudir leurs soldats. C’est le premier défilé militaire organisé depuis une décennie. Posté dans la tribune officielle, le chef du gouvernement présente « la nouvelle armée de la République d’Arménie, avec de nouvelles armes, de nouveaux uniformes et une nouvelle idéologie ». Les vieux blindés russes et les uniformes à l’allure soviétique ont été remisés, au profit d’équipements flambant neufs. L’Inde, la Chine et la France font partie des nouveaux fournisseurs : des blindés Bastion, des radars et les fameux Caesar (camions équipés de systèmes d’artillerie) livrés par Paris sont chaleureusement salués. La parade met aussi en vedette les drones. Des modèles de toutes tailles, du format de poche à l’aéronef de 18 mètres d’envergure. Ces engins volants sont en majorité le produit d’une industrie militaire locale en plein développement. Ils avaient fait cruellement défaut en 2020 et en 2023 dans la guerre contre l’Azerbaïdjan qui, de son côté, était puissamment armé par ses alliés turc et israélien. Les leçons de la débâcle ont été tirées.

À quelques jours des élections législatives du 7 juin, Nikol Pachinian a voulu marquer une rupture : tourner la page de la guerre dans le Haut-Karabakh, qui déchire le Sud-Caucase depuis la chute de l’Union soviétique. La perte de cette enclave à majorité arménienne, reconquise par l’Azerbaïdjan, a causé en Arménie un traumatisme national. Place désormais à la paix avec les voisins. Mais le chef de l’exécutif veut aussi tourner la page d’une Arménie vassalisée par la Russie, en rééquilibrant ses alliances stratégiques. Après trois décennies ans dans l’orbite de Moscou, Erevan pivote désormais vers l’ouest et vers l’Europe.

L’organisation, début mai à Erevan, du sommet de la Communauté politique européenne, avec la participation d’une quarantaine de dirigeants européens — parmi lesquels Emmanuel Macron, la présidente de la Commission européenne, Ursula van der Leyen, et le président ukrainien, Volodymyr Zelensky —, a confirmé la nouvelle orientation stratégique de l’Arménie. Nikol Pachinian a salué « un bond en avant dans leurs relations ». L’exemption de visa d’entrée dans l’espace Schengen pour les ressortissants arméniens devrait être adoptée dans les prochains mois. Mais ce rapprochement avec Bruxelles a aussi provoqué la colère du Kremlin. Depuis le Kazakhstan, où il réalisait une visite officielle, Vladimir Poutine a condamné, le 29 mai, l’élan proeuropéen de l’Arménie, évoquant même « un scénario ukrainien » lourd de menaces.

Défilé célébrant la proclamation de l’indépendance en 1918, à Erevan, le 28 mai.
Copyright : ANTOINE AGOUDJIAN pour « LE POINT »

Choisir entre l’Union européenne et l’Union économique eurasienne

Des sanctions commerciales ont été annoncées sur l’importation de fruits et légumes, d’eau minérale et de brandy arméniens. Moscou envisage de rehausser les tarifs du gaz, vendu à un prix préférentiel à l’Arménie. Le président russe a jugé que son allié caucasien devrait rapidement choisir entre l’Union européenne et l’Union économique eurasienne, à laquelle le pays a adhéré en 2014. Et il a exigé la tenue « dès que possible » d’un référendum. Le 30 mai, l’ambassadeur russe à Erevan a été rappelé à Moscou pour consultations.

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