
Nikol Pachinian a remporté son pari. Au terme d’une campagne électorale étouffante, marquée par les tensions et les tentatives de déstabilisation orchestrées par la Russie, le Premier ministre arménien a été nettement reconduit à la tête du gouvernement. Les élections législatives qui se tenaient dimanche 7 juin ont été marquées par une participation record (près de 59 %) par rapport aux précédents scrutins. Et cette forte mobilisation des électeurs a profité au Premier ministre sortant.
Nikol Pachinian et son parti, Contrat civil, au pouvoir depuis 2018, ont obtenu 49,8 % des suffrages exprimés. Ils devancent Arménie forte, de l’oligarque prorusse Samvel Karapetian, assigné à résidence depuis six mois, avec 23,2 %. L’Alliance de l’ancien président Robert Kotcharian recueille, elle, 9,8 %. Quant au parti Arménie prospère, du milliardaire Gagik Tsarukyan, il recueille un peu moins de 4 % des votes et n’atteint donc pas le seuil nécessaire pour entrer à l’Assemblée nationale, à quelques voix près, selon le décompte final de la Commission centrale électorale arménienne.
La distribution des sièges de députés donne à Nikol Pachinian une majorité absolue (64 sièges sur 105), suffisante pour gouverner sans entrave, mais il échoue à rassembler la majorité des deux tiers (70 sièges), nécessaire pour convoquer un référendum et faire amender la constitution. Seuls trois partis obtiennent des sièges de députés.
Une victoire saluée par l’UE
Les dirigeants européens ont unanimement salué la réélection de Nikol Pachinian. Emmanuel Macron l’a félicité pour sa « large victoire ». « Je me réjouis de poursuivre à tes côtés le travail engagé pour renforcer encore nos coopérations au service de nos peuples, soutenir la paix et la souveraineté de l’Arménie, et accompagner la dynamique de rapprochement avec l’Europe », a écrit le président français sur X.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a souligné que l’UE se trouvait « au côté de l’Arménie ». « Nous apprécions profondément notre partenariat avec une Arménie démocratique qui se rapproche de plus en plus de l’Europe. L’esprit de la Révolution de velours que vous avez menée en 2018 est vivant et fort », a-t-elle ajouté.
Après avoir marqué son indépendance vis-à-vis de la Russie, la prochaine étape du rééquilibrage stratégique en cours en Arménie pourrait être la normalisation des relations avec la Turquie voisine. Ankara maintient depuis 1993 sa frontière fermée avec l’Arménie, en réaction à la guerre qui faisait rage dans le Haut-Karabakh. Or, cette région a été reconquise en 2023 par l’Azerbaïdjan, au prix du nettoyage ethnique de sa population arménienne. Erevan et Bakou ont entamé des négociations de paix sous l’égide des États-Unis et ils sont tombés d’accord pour ouvrir un corridor commercial et énergétique – la TRIPP – qui désenclaverait la région.
« Pressions » et « ingérences »
À l’opposé, la Russie, alliée historique de l’Arménie, dont l’influence a été au centre des débats pendant cette campagne, a dénoncé « des pressions sans précédent » sur l’opposition et « des ingérences de l’Occident et en particulier de l’Union européenne » pendant cette campagne.
La porte-parole du ministère des affaires étrangères, Maria Zakharova, a dénoncé dans un communiqué un « climat de répression sévère de la part des autorités arméniennes à l’encontre des partis et mouvements d’opposition, de leurs militants et de leurs partisans ». Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a de son côté évoqué des « irrégularités » dans le déroulement du scrutin. Ses détracteurs accusent Pachinian d’utiliser la police et la justice. Samvel Karapetian a qualifié la campagne de « honteuse ».
Malgré une attitude parfois clivante et un durcissement de sa politique ces derniers mois, Nikol Pachinian est conforté dans ses choix. Il a exprimé sa satisfaction d’une victoire « historique » et a assuré de « poursuivre le rapprochement avec l’Occident ». Il a également promis de mettre fin au « système criminel oligarchique », visant ainsi certains leaders de l’opposition.
Lundi, le Premier ministre a jugé que l’ancien président Kotcharian devait être condamné pour les événements du 1er mars 2008, au cours desquels dix Arméniens étaient morts sous les balles de la police. Quant à Samvel Karapetian et Gagik Tsarukyan, soupçonnés d’être sous influence russe, ils sont accusés de corruption et risquent la saisie d’une partie de leurs avoirs.
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