Deux thèses soutenues à Paris en 2017 mettent l’accent sur le modèle occidental de l’enseignement chez les jeunes filles arméniennes au milieu du 19e et au début du 20e siècle. Un enseignement qui les a ouvertes à la modernité.
*Article de Factuel.media par PIERRE D’HERBÈS vendredi 9 février 2024 13:00
La bascule s’est opérée il y a quelques jours, au début du mois de février : Erevan largue les amarres et se détache de la Russie. Simultanément, Erevan s’active diplomatiquement vers l’Occident et notamment en France, mais aussi en direction de l’Inde, des Émirats Arabes Unis et de la Géorgie. Analyse.
Noël 2023 à Erevan en Arménie ALEXANDER PATRIN/TASS/SIPA USA/SIPA
Vendredi 2 février, un peu moins de trois mois après sa visite à Paris, Nikol Pashinian prononce une allocution qui défraye la chronique. Le Premier ministre arménien déclare que son pays se passera désormais du partenariat militaire privilégié qui l’unissait jusqu’ici à la Russie, et qu’il compte s’appuyer désormais sur la France et les États-Unis. Ce coup de tonnerre géopolitique avait été précédé l’avant-veille par l’entrée formelle d’Erevan à la Cour pénale internationale. Un événement tout sauf anodin, car désormais, en théorie du moins, l’Arménie serait maintenant contrainte de procéder à l’arrestation de Vladimir Poutine si jamais il se présentait sur son territoire. En se retournant contre Moscou, et en projetant sa diplomatie au plus loin, Erevan travaille à sa survie, mais intègre aussi de nouveaux paramètres géopolitiques dans une région déjà explosive.
On peut comprendre combien les Kurdes et les Arméniens regrettent le Traité de Sèvres de 1920 qui a été malencontreusement aboli deux ans plus tard avec l’aval des pays occidentaux.
Les Kurdes avaient enfin un État le Kurdistan au Nord de la Syrie et de l’Irak sur leurs terres ancestrales. Les articles 62 à 64 du traité prévoient la création d’un « territoire autonome des Kurdes » englobant le sud-est de l’Anatolie.
L’Arménie retrouvait son territoire la Grande Arménie avec un accès à la Mer Noir par Trébizonde. Selon les articles 88 à 94, les vilayets de Van, Bitlis, Trébizonde et Erzurum doivent être intégrés à la République indépendante d’Arménie, la détermination de la frontière étant soumise à l’arbitrage du président américain Woodrow Wilson, selon ses « 14 points »
La France occupe alors la Syrie (avec une frontière bien au nord de l’actuelle) et se voit confier une zone d’influence comprenant la Cilicie avec Adana, et s’étendant jusqu’au nord, bien au-delà de Sivas.(Wikipédia)
Le traité de Sèvres, conclu le 10 août 1920 à la suite de la Première Guerre mondiale entre les Alliés victorieux et l’Empire ottoman, sera signé et respecté par le sultan Mehmed VI.
Par celui-ci, l’Empire ottoman renonçait officiellement et définitivement à ses provinces arabes et africaines. À l’est, l’indépendance d’une grande Arménie était reconnue et une province autonome kurde créée.
L’Empire ottoman est alors tiraillé entre deux gouvernements concurrents : celui du sultan à Constantinople et celui de Mustafa Kemal qui a pris la tête d’un gouvernement émanant d’une Grande Assemblée nationale créée à Ankara le 23 avril 1920. Mustafa Kemal ne reconnaît pas la validité traité de Sèvres qui minore drastiquement l’assiette territoriale de l’Empire. Ce traité n’est donc jamais ratifié par l’ensemble de ses signataires et, provoquant en Turquie un sursaut nationaliste autour de Mustafa Kemal, aboutit à la chute de l’Empire ottoman, à la proclamation de la République de Turquie, à une guerre victorieuse contre la Grèce et à la négociation d’un second traité plus avantageux pour la Turquie : le traité de Lausanne signé en 1923.
Quant à Google Maps il ne fait pas figurer en 2022 le Haut-Karabagh
Nous vous souhaitons nos meilleurs vœux d’une année 2024plus sereine pour tous … avec la paix dans le monde
Hier 5 janvier et aujourd’hui 6 janvier, les Arméniens célèbrent à la fois la Nativité du Christ et sa Théophanie* (du grec théos = Dieu et phainô = rendre visible).
Les Arméniens ont gardé l’antique tradition de célébrer ces deux fêtes ensemble, le 6 janvier comme dans les premiers temps du christianisme.
A travers ces deux fêtes, ils célèbrent la double nature du Christ* : homme incarné (Noël) et Dieu (à travers la révélation du Père « celui-ci est mon fils bien aimé » lors de son baptême).
Les Arméniens fêtent Noël et l’Épiphanie le 6 janvier, restant fidèles aux traditions antiques du Christianisme.
Au IVe siècle, la date du 25 décembre a été choisie comme date pour la fête de Noël, principalement dans le but de la substituer aux fêtes païennes qui étaient d’usage à l’époque.
L’Église apostolique arménienne, plus ancienne Église de la chrétienté, fondée en 301 en Arménie, n’a pas accepté cette réforme de 354, qui a fixé Noël le 25 décembre. Elle a conservé la date du 6 janvier pour fêter la naissance de Jésus. Et célèbre en même temps la Nativité, le baptême du Christ et l’Épiphanie, l’hommage des Rois mages au Messie.
Le baptême de Jésus est appelé Épiphanie parce que ce jour là, la divinité de Jésus a été manifestée : le ciel s’est ouvert “et l’Esprit Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe” …..
MESSE DE NOËL
En Arménie, la célébration de la fête commence la veille avec une messe dans toutes les églises et se poursuit le 6 Janvier par une grande messe dans la Cathédrale d’Etchmiadzin.
A la fin de la Messe de Noël, dans l’église, on procède à la triple bénédiction de l’eau et du saint chrême contenus dans de grandes bassines en argent. La croix est immergée dans l’eau bénie et sortie de l’eau, symbolisant le baptême de Jésus. Elle s’accompagne de chants de prières. On chante les cantiques de la bénédiction de l’eau « Ov Zarmanali » « Aïssor tzaïn haïragan » (de la voix du père).
L’eau est distribuée aux fidèles qui l’emportent pour en imprégner leur maison (la bénir) et pour la boire en guise de purification. Ce jour là, les Arméniens échangent ces mots et disent : -Քրիստոս ծնավ և հայտնեցավ -Kristos tsnav yev haytnetsav -Jésus est né et est apparu et reçoivent en réponse : Մեզ և Ձեզ մեծ Ավետիս”- mez ev dzez mets Avédis–-« Grande nouvelle pour nous et pour vous. »
LES AGAPES
Un repas aussi copieux que possible de toutes les bonnes recettes est servi le soir de Noël… (Beureks, dolmas, mantis, des poissons succulents, baklavas, anouch abour ….).
Durant tous ces jours de fête, dans chaque maison, une table est garnie de gâteaux préparés par la maîtresse de maison, de fruits frais et toutes sortes de fruits secs, des entremets au blé, des boissons, etc…. La table n’est jamais desservie durant plus d’une semaine ! Ainsi, tout visiteur sera invité à s’asseoir et à honorer la table. Même sur les tables les plus pauvres, vous trouverez en Arménie, patiemment cueillis dés l’été, des abricots, des figues sèches, des amandes, des noisettes, des noix, de quoi vous désaltérer avec un délicieux jus de grenade, et, bien sûr, divers petits gâteaux, afin de célébrer dignement Noël…. Sourp Tzenount, et la Nouvelle Année.
Vidée de ses habitants et dirigeants arméniens après trente-deux ans d’existence, la République du Haut-Karabakh est en train de devenir un souvenir que le gouvernement en place à Erevan et celui de Bakou sont pressés d’enterrer.
Après plus de trente-deux ans d’existence, la république du Haut-Karabakh, également connue sous son nom arménien d’Artsakh, cessera-t-elle vraiment d’exister ce 1er janvier 2024 ? C’est un débat qui anime les médias arméniens et russes après les récentes déclarations de son ex-président Samvel Chahramanian.
Le 28 septembre, après l’offensive militaire azerbaïdjanaise des 19 et 20 du même mois, qui a déclenché l’exode de plus d’une centaine de milliers d’Arméniens karabakhis, Chahramanian avait signé un décret sur la dissolution de cette entité ethnopolitique. Cependant, comme le rapporte le site Russia-Armenia Info, Chahramanian, exilé à Erevan, la capitale de l’Arménie, signait le 19 octobre un nouveau décret annulant le premier.
Une nouvelle déclaration faite par Chahramanian le 22 décembre a suscité encore plus de confusion et de consternation dans la capitale arménienne. “Il n’existe aucun document dans le domaine juridique de la République d’Artsakh qui prévoie la dissolution des institutions de l’État”, a-t-il affirmé lors de la réunion avec les chefs des organes d’État et administrations du Haut-Karabakh, qui continuent d’occuper leurs postes “sur une base volontaire”, poursuit le site établi à Moscou.
Mettant en vedette Oscar Isaac, Christian Bale et Charlotte Le Bon, ce film de Terry George, consacré au génocide des Arméniens de l’Empire ottoman, lors de la Première Guerre mondiale, a demandé près de deux ans de tournage, en plus d’avoir été scénarisé pendant une cinquantaine d’années.
Annie et Jean-Pierre Mahé Éditions Gallimard, collection « Découvertes » (2005), 160 pages, 12,5 cm x 18 cm
Entre mer Noire et mer Caspienne, Caucase et Mésopotamie, le haut plateau arménien, dominé par le mont Ararat où se serait échouée l’arche de Noé, vit éclore l’une des plus importantes civilisations du Moyen-Orient.
À la fin du VIe siècle avant J.-C., les Arméniens y fondent un puissant royaume qui devient, en 301, le premier État officiellement chrétien. Située au carrefour des grands Empires perse, romain, byzantin, puis arabe, mongol, ottoman et russe, cette terre a toujours été âprement disputée.
Les brèves périodes d’indépendance de l’Arménie, entrecoupées de siècles de sujétion et d’occupation, lui ont toutefois permis de forger les armes d’une forte identité culturelle : une foi inébranlable, une écriture et une littérature exaltant la conscience nationale.
Victime en 1915 du premier génocide du XXe siècle, le peuple arménien a su préserver, tant dans la mère-patrie qu’en diaspora, cette culture millénaire dont Annie et Jean-Pierre Mahé retracent avec une brillante érudition les grands jalons.
Quand un chercheur expert de l’Arménie et son épouse acceptent de vulgariser leur savoir dans le cadre d’une collection exemplaire au plan éditorial, cela donne au lecteur un intense moment de bonheur
« L’épreuve des siècles », le titre fait écho à ce vers de Tcharents, d’un poème que les auteurs citent dès l’entrée du livre :
« Où que je sois, je n’oublierai jamais notre chant de plainte endeuillé »
L’exil, le deuil et le chant : comme toujours dans cette collection « Découvertes », les images à l’entrée du livre vous immergent dans le sujet. C’est ici un mariage en 1910 en Anatolie, le catholicos Sahak II avec la communauté à Alep en 1925, de toutes jeunes filles sur une scène à Adana en 1901, une famille à Gardanne en 1930 devant son épicerie… Quelques pages, et vous pressentez les douleurs toujours actuelles de l’histoire.
Puis viennent cinq chapitres qui suivent les siècles, où le propos brillant se conjugue avec une riche iconographie, dans une relation étroite où l’interprétation des images fait un écho aux arguments de l’approche historique. Le territoire est d’abord planté, hommes et montagnes, et les cartes montrent cette Arménie historique, dix fois grande environ comme la république actuelle, et qui fera comparaison tout au long du livre. Premier état chrétien du monde, ballotté d’abord entre les Perses sassanides et les Romains, l’Arménie se forge une identité malgré tout, malgré les Seldjoukides, les Mongols, les Turcomans, malgré les déportations vers Ispahan, malgré l’oppression des Ottomans dès le XVIIe siècle (« En ville, négociants et artisans arméniens sont étroitement surveillés. Ils doivent s’habiller de bleu rayé de blanc, pour être immédiatement identifiés »). Puis, ce sont les Russes au XIXe siècle, l’Europe qui ne bronche pas quand on cherche à exterminer ce peuple au début du XXe siècle.
Mais sur l’autre versant des siècles, il y a une langue, une littérature à profusion exaltant l’arménité, des lieux, l’architecture, les manuscrits, l’intelligence du négoce et cette capacité à se recommencer partout dans le monde. Les visuels très judicieusement choisis montrent cela d’abord, et cela fait puissance comme le chant inextinguible.
Une nouvelle guerre menace l’Arménie, comme l’annoncent clairement les inquiétants projets géopolitiques de l’Azerbaïdjan et de la Turquie, comme le prouve aussi leur pression permanente sur l’enclave chrétienne bimillénaire du Haut-Karabakh.
La question n’est plus de savoir si cette guerre aura lieu, mais quand elle aura lieu. Prise en tenaille entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, lâchée par la Russie au jeu ambigu, l’Arménie est seule, livrée à elle-même, victime collatérale du conflit en Ukraine. Les Arméniens se voient abandonnés à leur sort, comme le furent leurs ancêtres, lors du génocide perpétré par les Turcs en 1915, dans une indifférence quasi générale. Une catastrophe humanitaire sans précédent se prépare et, de nouveau, l’Occident regarde ailleurs, prêt au compromis avec l’Azerbaïdjan et la Turquie. Cette complaisance européenne ne fait qu’encourager leur implacable politique de puissance.
Grand reporter familier du Caucase et spécialiste des questions militaires, Frédéric Pons raconte avec force et clarté la situation dramatique de l’Arménie. Il rappelle comment le destin de ce petit pays – le plus vieil État chrétien du monde – concerne directement l’Europe et ses valeurs. Le soutien à l’Arménie est un défi civilisationnel à relever.
Quelques vidéos récentes pour en savoir plus sur la géopolitique au Sud Caucase
YouTube · Terra Bellum · 7 oct. 2023
YouTube · Le Figaro · 21 sept. 2023
YouTube · Public Sénat · 27 sept. 2023
Fréderic PONS sur @CHAINETVL-TVLibertes en novembre 2023
En déplacement à Erevan, la ministre française de la Culture a rencontré les autorités arméniennes pour discuter des modalités de la célébration de l’évènement en France.
La statue de la Mère Arménie, située dans le parc de la victoire à Erevan, en Arménie, le 10 Novembre 2022 (BENJAMIN FURST / HANS LUCAS)
L’année 2024 sera « exceptionnelle pour l’Arménie en France, permettant de renforcer nos liens culturels », a déclaré à l’AFP la ministre de la Culture Rima Abdul Malak, en déplacement à Erevan. Parmi les événements célébrés en 2024, le centenaire de la naissance de Charles Aznavour. Décédé en 2018, le représentant le plus célèbre de la nombreuse communauté arménienne de France, est né à Paris le 22 mai 1924.
Missak Manouchian au Panthéon en février 2024
Lors du premier déplacement d’une ministre de la Culture française en Arménie, Rima Abdul Malak a discuté des célébrations avec son homologue Janna Andréassian jeudi 26 octobre et doit le faire le 27 octobre avec le Premier ministre Nikol Pachinian. Elle a également pu évoquer l’entrée au Panthéon, le 21 février, du résistant Missak Manouchian. « L’annonce de sa panthéonisation a eu un énorme retentissement ici. C’est une figure très importante. Nous avons visité une petite exposition qui lui est consacrée à Erevan, où il y avait des scolaires, et pu voir combien la mémoire est transmise aux jeunes Arméniens », a expliqué la ministre de la Culture, jointe par téléphone depuis Paris.
L’année 2024 est aussi le centenaire du cinéaste Sergueï Paradjanov, « moins connu en France, mais qui a inspiré des générations d’artistes arméniens ». Dans la délégation ministérielle, la présidente du musée du Louvre, Laurence des Cars, est venue parler avec les musées arméniens de coopération en vue de l’ouverture au public, prévue vers 2027, d’un nouveau département, celui des Arts de Byzance et des Chrétientés en Orient.
Un département Arts de Byzance et des Chrétientés en Orient au Louvre
« Ce nouveau département sera lié à ceux des Antiquités romaines et des Arts de l’islam, avec des points de contact qui reflèteront la réalité historique et géographique de ces rencontres entre cultures. Et l’Arménie l’illustre très bien », a détaillé Laurence des Cars à l’AFP. La visite avait commencé dans la matinée du 26 octobre par un temps de recueillement au mémorial aux victimes du génocide arménien à Erevan. Elle se déroule alors que Nikol Pachinian a affirmé jeudi espérer un accord de paix avec l’Azerbaïdjan « dans les prochains mois », après la victoire militaire en septembre de Bakou contre les séparatistes arméniens du Haut-Karabakh.
L’auteur-compositeur français d’origine arménienne André Manoukian, également dans la délégation, interrogé par l’AFP, a salué « l’engagement du gouvernement français, essentiel par les temps qui courent, avec une vraie menace existentielle pour l’Arménie, et des Arméniens qui nous disent que plus les dirigeants étrangers viendront en Arménie, mieux ce sera, y compris pour leur sécurité ».
Collecte de vêtements et produits d’hygiène pour les Arméniens déplacés du Haut-karabagh (Artsakh) A l’initiative d’Olia et Zoé au centre OLATU d’Anglet avec l’aide logistique de l’association AgurArménie, Samuel, Lucie Pierre et les amis d’Olia et de Zoé ainsi que du transporteur LATASTE pour le transport des 120 cartons (6 palettes) du Pays basque à Paris, et l’association EliseCare pour l’envoi de Paris en Arménie début décembre. Merci à tous les amis et donateurs qui ont participé.
Evocation ce matin en compagnie de son auteur, Claude Mutafian, d’un livre magistral paru aux éditions des Belles Lettres qui retrace la présence millénaire de la communauté arménienne de Jérusalem. Une sujet peu connu.
Cette présence arménienne à Jérusalem se manifeste tant par l’archéologie, l’épigraphie, les nombreux textes et illustrations, mais encore par une continuité humaine et géographique jusqu’à nos jours où quelques 2000 Arméniens vivent encore la vieille-ville dans un quartier qui représente un sixième de sa superficie.
Claude Mutafian est agrégé de mathématiques, mais encore historien, depuis les années 1980 où il explore sans relâche l’histoire des Arméniens au Proche-Orient avec particulièrement une exposition et des publications qui ont marqué les esprits sur le « royaume arménien de Cilicie ».
Riche d’une civilisation ancienne de plus de 3000 ans, la Nation arménienne a su préserver les savoirs anciens, forgeant son identité autour de sa langue et de sa religion, dans son terroir ancestral, situé majoritairement dans l’Empire ottoman. A l’ombre majestueuse du Caucase, au pied du vénéré Ararat, l’Arménie, dispose d’un patrimoine architectural remarquable, témoin d’une brillante civilisation, aujourd’hui en péril.
Le Haut-Karabagh ou « Artsakh » en arménien, a subi l’agression de l’Azerbaïdjan. Les plus belles églises et monastères de cette terre, historiquement arménienne, sont désormais sous contrôle azéri. Un patrimoine exceptionnel est en danger. Plus que jamais, l’Arménie a besoin de l’intérêt, de la connaissance mutuelle de cette civilisation, d’hier et d’aujourd’hui, pour sa préservation. La conférence permettra d’en aborder les grandes lignes ainsi que les liens culturels très forts, tissés au fil des siècles, entre la France et l’Arménie.
Riche d’une civilisation ancienne de plus de 3000 ans, la Nation arménienne a su préserver les savoirs anciens, forgeant son identité autour de sa langue et de sa religion chrétienne, dans son terroir ancestral, situé majoritairement dans l’Empire ottoman. Des liens culturels très forts entre la France et l’Arménie, tissés au fil des siècles depuis l’époque des croisades, ont pris un essor particulier à la fin du XIXème siècle. La présence d’écoles missionnaires françaises, fréquentées surtout par de jeunes Arméniens, garçons et filles, fortifie la connaissance de la culture française.
Le génocide de 1915 anéantit la presque totalité des Arméniens ottomans, mais épargne ceux du Caucase, sous domination soviétique à partir de 1922 et devenus indépendants en 1991 après l’éclatement de l’URSS. Dans l’imaginaire des Arméniens, la France garde une place toute particulière comme terre d’accueil et pays des droits de l’homme. La reconnaissance du génocide arménien par le Parlement français en janvier 2001 renforce ce capital de sympathie. La volonté des présidents de la République des deux pays de lancer une « Année de l’Arménie en France » en 2006-2007 montre que les relations culturelles peuvent être un rapprochement entre les deux peuples pour une meilleure connaissance réciproque. En témoigne le Sommet de la Francophonie, en 2018, à Erevan, capitale de l’Arménie d’aujourd’hui qui ne représente que 10% de l’Arménie historique.
Seront rappelées les grandes lignes de cette proximité culturelle des Arméniens avec la France, dans leur terroir ancestral, depuis l’époque des croisades et en particulier au XIXème siècle avec la présence des missions catholiques françaises, ainsi que les échanges culturels avec la France et l’Arménie d’aujourd’hui.
A l’occasion du centenaire de la République de Turquie, Geerdink souligne un « chapitre noir » de l’histoire de la Turquie : le génocide arménien. « Sans une pleine reconnaissance de cette atrocité, au cours de laquelle un million et demi d’Arméniens ont été massacrés, la république continuera d’exercer son hégémonie sur les Kurdes et les autres communautés ethniques et religieuses du pays », dit-elle.
Feux d’artifice que j’ai vu ce week-end. Photos de feux d’artifice à Istanbul et ailleurs en Turquie pour célébrer le 100e anniversaire de la République. Depuis toutes les années que j’écris sur la Turquie et le Kurdistan, le 29 octobre 2023 est une date de référence. Erdoğan parviendrait-il à rester président jusqu’à ce jour ? Dans quelle mesure aurait-il alors réformé la République ? Et maintenant, au moment où j’écris ces lignes, ce jour est passé du futur à l’histoire. Espoir inassouvi. Cela m’attriste, surtout parce que je n’arrive pas à me sortir un autre 100e anniversaire de la tête. L’autre anniversaire, auquel celui-ci est inextricablement lié.
Je ne vais pas en faire un jeu de devinettes. L’autre anniversaire dont je parle est la 100e commémoration du génocide arménien, il y a huit ans, en 2015. Nous savons tous ce qui s’est passé. Pendant la Première Guerre mondiale et à la fin de l’Empire ottoman, environ un million et demi d’Arméniens furent massacrés par des milices dans le but de nettoyer l’Anatolie d’une communauté qui y vivait et prospérait depuis des siècles.
Même si les preuves de l’existence d’un génocide sont accablantes, la République de Turquie l’a nié dès le premier jour de son existence. Le récit officiel est toujours qu’il y avait une guerre et que, oui, de nombreux Arméniens ont péri, mais qu’il n’y avait aucune intention de les effacer de la surface de la terre, et d’ailleurs, les Arméniens ont également tué des Turcs – ces choses arrivent tout simplement dans les guerres.
Chapitre noir
Dans un podcast que j’ai écouté sur le 100e anniversaire de la Turquie, l’intervieweuse Amberin Zaman a qualifié le génocide arménien de « péché originel » de la Turquie. Tant que ce chapitre noir de la naissance de la Turquie n’est pas abordé, aucun problème fondamental du pays ne pourra être résolu. C’est le problème des chapitres noirs : on peut les arracher du livre ou les retourner rapidement et faire semblant de ne pas l’avoir vu, mais cela influence quand même les événements consécutifs et l’intrigue du livre. Tant que vous ne le lisez pas, tant que vous n’y faites pas face, vous ne comprendrez pas pourquoi de mauvaises choses continuent de se produire et pourquoi les personnages du livre ne peuvent pas résoudre leurs problèmes.
Bien entendu, mon pays d’origine, les Pays-Bas, a aussi un chapitre noir. Et nous non plus ne reconnaissons pas notre histoire coloniale et la traite transatlantique des esclaves dans laquelle nous avons été impliqués. Nous savons que cela s’est produit, mais nous sommes passés à autre chose, prétendant que le chapitre noir n’a pas défini le cours de notre histoire, notre histoire depuis lors. Les Pays-Bas doivent eux aussi faire face à leur « péché originel » dans toute sa brutalité pour opérer des changements fondamentaux et s’engager dans un travail sérieux de décolonisation et d’éradication du racisme et de la suprématie blanche.
Formuler les choses ainsi est déjà insupportable pour de nombreux Néerlandais blancs. Trop radical, et n’est-ce pas il y a trop longtemps pour nous influencer encore aujourd’hui ? La prise de conscience à ce sujet ne fait que commencer et nous avons un chemin incroyablement long à parcourir.
Digranakerd
Lorsque le génocide arménien a été commémoré pour la 100e fois en avril 2015, j’ai vécu et travaillé à Digranakerd (nom arménien de Diyarbakir; Amed en kurde). Vous n’avez peut-être jamais entendu parler de ce nom, mais il s’agit du nom arménien d’Amed, qui est à nouveau le nom kurde de la ville de Diyarbakır. Digranakerd comptait une importante communauté arménienne et, après le génocide, il ne restait presque plus personne.
Je considère les semaines précédant la commémoration et le jour de la commémoration lui-même comme parmi les plus marquants de ma vie. J’ai tellement appris incroyablement. Je me souviens avoir participé à une visite que des Arméniens de la diaspora ont effectuée sur les terres où leurs ancêtres vivaient autrefois en paix jusqu’à ce que leurs vies soient brutalement déracinées et prennent fin. C’était difficile et émouvant, les gens étaient nerveux, mais il y avait quelque chose d’important qui rendait le voyage possible et qui enchâssait tout le voyage dans une certaine douceur. Et c’est que leurs hôtes ne le niaient pas.
Constantinople
Leurs hôtes étaient l’une des autres communautés présentes depuis toujours dans l’est de l’Anatolie : les Kurdes. Lors des rassemblements et des réunions précédant la commémoration du 24 avril, j’avais déjà remarqué que les Kurdes n’hésitaient pas à utiliser le mot en turc : soykırım, ou génocide. C’était remarquable, car les milices kurdes, en particulier la cavalerie Hamidiye, figuraient parmi les plus importants auteurs du génocide à l’époque. Les ordres venaient de Constantinople, les Kurdes, de mèche avec le pouvoir central, faisaient une grande partie du sale boulot.
Les Kurdes ont toujours su ce qui s’est passé, aussi bien ceux qui ont participé au génocide que ceux qui n’y ont pas participé. Ils y étaient. C’est l’une des raisons pour lesquelles les Kurdes alévis du Dersim savaient dans les années 1930 ce qui allait se passer lorsque l’armée d’Atatürk commença à construire des infrastructures dans leur province : ils étaient parmi les dernières tribus kurdes qui devaient être mises à genoux et pleinement obéir à l’État, et ils savaient que cela allait être ultra violent. Ils ont résisté, mais un génocide a été perpétré contre eux.
Ce génocide est également nié par l’État turc. Ils prétendent qu’il y a eu une rébellion qu’il fallait simplement réprimer. C’est ce que les habitants du Dersim ont demandé. Tout comme les Arméniens, d’ailleurs, collectivement considérés comme des « traîtres ».
Égalité
Cette expérience historique des Kurdes et leur remarquable volonté d’affronter et d’accepter leur « péché originel » ne peuvent être dissociées de la manière dont le mouvement kurde envisage aujourd’hui l’histoire et l’avenir de la République de Turquie. Les peuples d’Anatolie et de Mésopotamie sont frères et devront vivre ensemble dans l’égalité pour s’assurer que quelque chose d’aussi horrible que le péché originel ne se reproduise plus. Une république, certes, mais non fondée sur l’hégémonie d’un groupe sur un autre, et en harmonie avec les communautés ethniques et religieuses des autres pays. Regardez comment l’Union des communautés kurdes (KCK) l’a formulé dans sa déclaration à l’occasion de l’anniversaire de la République.
Les dirigeants turcs des partis au pouvoir et de l’opposition établie ont également placé la Turquie dans le contexte des troubles qui sévissent dans la région au sens large. Mais alors qu’ils célébraient la violence et honoraient le sang, les Kurdes pleuraient ce qui aurait pu être et aspirait à l’unité. Et heureusement, il s’est engagé à continuer à se battre pour cela.
Journal Sud-Ouest Par Jean-Charles Gallacy, à Erevan et Areni Publié le 21/10/2023
Dans un contexte géopolitique tendu, l’un des plus vieux vignobles au monde, au bord de l’effacement sous le joug soviétique, se reconstruit une aura internationale
Sur les hauteurs de Rind, à une centaine de kilomètres de la capitale Erevan, son interminable mât semble inébranlable. À une petite heure de marche de la frontière azerbaïdjanaise, les barres rouge, bleu et jaune orangé du drapeau national s’agitent aux chaleureuses sautes de vent de l’été indien. La « tendre Arménie », comme chantait Aznavour, « son sol sillonné par des cicatrices », « 1 000 fois ravagée mais qui renaissait pure », est confrontée de nouveau aux tourments d’une possible guerre avec les Azéris. Mais la plus ancienne nation chrétienne de la planète a aussi retrouvé foi dans son vieil élixir : le vin est redevenu la fierté du pays.
La Saryan Street, à Erevan, déverse chaque soir jusque sur le trottoir son lot de touristes venus siroter les nectars locaux. Le géant mondial du verre à vin Riedel a imaginé une coupe spécialement dédiée à la dégustation de l’areni noir, le cépage emblématique. La production nationale, 13 millions de bouteilles en 2022, enfle d’année en année.
Mis à mal au cours de son histoire, le vignoble arménien s’est relevé, à chaque fois. En partie détruit au cours du règne séfévide au XVIIIe siècle, arraché lors de l’occupation turque en 1918, on a bien cru le perdre, définitivement, du temps de l’Union soviétique, lorsque Moscou a découpé à la serpe ses territoires pour les productions agricoles : celle du vin allant à la Géorgie, laissant à l’Arménie celle du brandy. « Notre vin était dans le coma, livre Samvel Machanyan, vigneron à Etchmiadzin, à une vingtaine de kilomètres d’Erevan. Ses plantations étaient proches de l’anéantissement avant de renaître il y a une quinzaine d’années. À l’époque, il devait rester entre cinq et dix propriétés dans tout le pays : aujourd’hui, nous en comptons 175. »
À Areni, au début de l’automne, de nombreuses familles proposent leur petite production en bord de route : du vin à base de grenades ou de raisins ainsi que des poivrons. Jean-Charles Galiacy
L’histoire de cette reconquête s’amorce dans un coin un peu paumé, à Areni, une petite bourgade d’environ 2 000 habitants, située à une heure et demie au sud d’Erevan. Une équipe d’archéologues y a découvert en 2007, dans les recoins d’une grotte, les vestiges d’un chai de vinification de 6 100 ans, propulsant le vignoble arménien comme l’un des plus anciens au monde. Près de vingt ans plus tard, la marque Karas, s’érigeant sur six millénaires d’histoire, s’affiche sur une bouteille géante à la sortie de l’aéroport international de Zvartnots quand le vignoble Trinity Canyon Vineyards commercialise des cuvées « 6 100 » en rouge, blanc ou rosé à travers le monde.
« Chrétiens Orientaux » est consacrée à la Foi, aux Traditions et aux particularités des Églises Orientales en France et dans les pays de l’Église «mère» Cette émission de France2 TV a un double objectif: permettre aux fidèles (plus de 700.000 en France) d’être en lien avec leur Église et faire découvrir la foi et le dynamisme de ces Églises à d’autres chrétiens ou non chrétiens.
A l’heure où les pays de l’Orient Chrétien vivent des périodes de guerre ou de fortes tensions, sept chorales de différentes Traditions orientales de la région parisienne vont nous permettre de méditer sur le sens du mot « Paix ».
Véritable voyage dans les traditions des Églises, nous découvrirons aussi les cultures musicales des différents pays d’origines : Arménie, Égypte (Copte), Liban (Maronite et Grec-Melkite-Catholique), Turquie (Chaldéen et Syriaque Orthodoxe) et Ukraine (Gréco-Catholique).
Au cours de l’émission, 3 chanteurs donneront leur témoignage. Ils dialogueront avec l’historien et diacre arménien Philippe Sukiasyan. A la fin de l’émission, les 50 choristes de toutes les Traditions seront rassemblés en seul chœur : la diversité des rites et des musiques se rassemble dans l’unité : « Heureux ceux qui créent la paix autour d’eux, car ils seront appelés enfants de Dieu ».
Avec la participation de Philippe Sukiasyan, historien et diacre de l’Église apostolique arménienne ; Lussiné Levoni, cathédrale apostolique arménienne de Paris (75) ; Chorale chaldéenne Saint-Thomas de Sarcelles (95) ; Chœur des diacres Copte-Orthodoxe d’Ile-de-France ; Diacre Liubomyr Petsiukh, Gréco-Catholique Ukrainienne (69) ; Chorale des jeunes de la cathédrale maronite Notre-Dame-du-Liban de Paris (75) ; Chorale Grecque Melkite-Catholique Saint-Julien-le-Pauvre (75) ; Diaconesses et diacres Syriaques-Orthodoxes de Sainte-Marie de Montfermeil (93).
Émission religieuse présentée par Thomas Wallut. Réalisation : Jean-Bernard Ganne. Enregistrée à l’église russe catholique (de rite byzantin) de la Très Sainte Trinité à Paris (16e).
Franceinfo France Télévision Publié le 06L10/2023 06:04
Des Arméniens fuient le Haut-Karabakh et se dirigent vers Goris (Arménie), après une offensive menée par l’Azerbaïdjan, le 26 septembre 2023. (GAIANE YENOKIAN / AP / SIPA)
Le président Ilham Aliev convoite depuis longtemps la région de Syunik, et ce, avec l’appui de la Turquie. De leur côté, les alliés de l’Arménie ne semblent pas tous sur la même longueur d’onde.
L’Azerbaïdjan ira-t-il plus loin? Depuis la victoire de Bakou sur le Haut-Karabakh, les habitants du sud de l’Arménie craignent que la région de Syunik soit désormais dans le viseur du président Ilham Aliev. Une telle continuité territoriale renforcerait en outre le lien entre l’Azerbaïdjan et la Turquie. C’est d’ailleurs depuis le Nakhitchevan que le président Recep Tayyip Erdogan a célébré la « victoire » au Haut-Karabakhdeson plus proche allié, y voyant de « nouvelles opportunités » pour la région. Franceinfo vous explique pourquoi l’inquiétude est de plus en plus grande à Erevan.
Parce que l’Azerbaïdjan veut relier son territoire au Nakhitchevan
L’Azerbaïdjan possède depuis un siècle le Nakhitchevan, une région montagneuse qui n’a pas de continuité avec le reste du pays et qui est enclavée entre l’Arménie, la Turquie et l’Iran. En 1921, Staline en avait fait une république socialiste soviétique autonome, avant de la rattacher à l’Azerbaïdjan en 1923, retrace La Croix. Le territoire, qui s’étend sur 5 500 km2, est majoritairement peuplé d’Azéris.
L’Azerbaïdjan entend créer une route terrestre, surnommée « corridor de Zanguezour », afin de relier le Nakhitchevan au pays. (HELOISE KROB / FRANCEINFO)
Le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, a toujours réclamé une voie de communication terrestre qui passerait par l’Arménie, afin de rejoindre le Nakhitchevan. Après la victoire de Bakou lors de la guerre de 2020 entre le Haut-Karabakh et l’Azerbaïdjan, les deux pays s’étaient entendus sur le principe de cette route. Selon l’accord de cessez-le-feu, établi via la médiation de la Russie, l’Arménie promet de garantir la sécurité des transports, sous le contrôle des autorités russes. Cependant, cette entente a provoqué la colère de milliers de manifestants arméniens qui y ont vu une capitulation de leurs dirigeants.
Alors que ce corridor est resté pour l’heure à l’état de projet, Ilham Aliev souhaite de plus qu’il dispose d’un statut extraterritorial. Dès lors, les biens et personnes y circulant ne seraient pas soumis à la loi arménienne, en dépit de leur passage dans le pays. « Pour les Arméniens, ce serait le début de la fin parce qu’ils seraient entourés d’ennemis mortels et coupés de la frontière avec l’Iran », a prévenu, mi-septembre, sur franceinfo Tigrane Yégavian, chercheur en relations internationales et spécialiste de la région.
Toutefois, une attaque de Bakou dans le sud de l’Arménie afin de constituer cette route par la force « semble peu probable dans un avenir proche », selon Armine Margaryan, ancienne cheffe de cabinet du Conseil de sécurité de l’Arménie. L’Azerbaïdjan risquerait alors d’entrer en conflit avec les Occidentaux. « Après l’invasion de l’Ukraine, l’Occident a démontré sa très forte hostilité envers les entorses au respect de l’intégrité territoriale des pays », rappelle-t-elle dans La Croix.
Parce que la Turquie soutient les ambitions de l’Azerbaïdjan
La Turquie, grande alliée de Bakou dans la région, se montre particulièrement favorable au projet de corridor. Le 25 septembre, cinq jours après l’offensive menée par l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et Ilham Aliev se sont rencontrés au Nakhitchevan. Les deux dirigeants devaient officiellement lancer la construction d’un gazoduc de 85 km entre l’est de la Turquie et le Nakhitchevan, et inaugurer un complexe militaire. Mais selon des médias turcs cités par l’AFP, ils devaient aussi discuter de l’ouverture du « corridor de Zanguezour », du nom du massif montagneux qui dessine une frontière naturelle entre le Nakhitchevan et la province arménienne de Syunik.
Son tracé longerait la frontière avec l’Iran au sud de l’Arménie, via la ville de Meghri. Après la guerre de 2020, les Arméniens s’inquiétaient déjà du sort de cette localité. « Si nous abandonnons l’Artsakh [le nom du Haut-Karabakh pour les Arméniens], nous abandonnerons Meghri, et ensuite Erevan », avait prévenu le président de l’Assemblée nationale arménien, une déclaration rapportée à l’époque par la diplomatie française(PDF). Aujourd’hui, les habitants de cette commune se sentent menacés et certains se disent prêts à prendre les armes pour se défendre.
Pour Ankara, en plus de renforcer les échanges économiques avec Bakou, ce couloir lui permettrait d’étendre son influence vers tous les Etats turciques, dont les langues partagent les mêmes racines que le turc. Outre l’Azerbaïdjan, c’est le cas de l’Ouzbékistan, du Kazakhstan et même d’une partie de l’ouest de la Chine, développe France Inter.
« Personne ne sait exactement à quoi pourrait ressembler ce corridor, mais les observateurs craignent que la jonction se fasse tout simplement par l’annexion du sud de l’Arménie, la région de Syunik, déplore auprès de franceinfo Taline Ter Minassian, spécialiste des Etats post-soviétiques et enseignante à l’Institut national des langues et civilisations orientales. Il s’agirait d’un scénario terrible, d’une violation assez massive de l’intégrité territoriale de l’Arménie. D’autant plus qu’une agression militaire fragiliserait la position de l’Azerbaïdjan dans le processus de paix encadré par les Occidentaux avec l’Arménie. »
Parce que les alliés de l’Arménie sont divisés quant au soutien à apporter
Face à cette menace, les alliés de l’Arménie se disent prêts à la soutenir, mais sans réelle unité. « La France est très vigilante à l’intégrité territoriale de l’Arménie, car c’est ça qui se joue », a assuré Emmanuel Macron dans un entretien télévisé le 24 septembre. En visite à Erevan, la cheffe de la diplomatie française, Catherine Colonna, a annoncé mardi que Paris avait « donné son accord » pour la livraison de matériel militaire à l’Arménie, afin de renforcer sa défense face à l’Azerbaïdjan.
Les Etats-Unis se montrent plus timides. « Pour l’heure, nous sommes très concentrés sur la situation humanitaire », a fait savoir mardi John Kirby, porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain, cité par l’AFP.
De son côté, la Russie, pourtant alliée historique d’Erevan, s’éloigne peu à peu de l’Arménie. Cette dernière l’accuse de l’avoir abandonnée en n’assurant pas la sécurité du Haut-Karabakh, comme le prévoyait l’accord de cessez-le-feu de 2020. La reprise de ce territoire par l’Azerbaïdjan « était inévitable », a jugé jeudi Vladimir Poutine, tout en précisant que l’Arménie était « toujours » l’amie de Moscou.
Seul l’Iran, où vit une importante minorité azérie (au nord du pays), reste farouchement opposé au projet d’un corridor dans le sud de l’Arménie. Téhéran se méfie des velléités des nationalistes qui voudraient créer ainsi un « Grand Azerbaïdjan ». Comme le rappelle La Croix, l’Iran propose à la place une route qui passerait à l’intérieur de ses frontières et qui resterait sous son contrôle.
Focus le Haut-Karabagh : ce territoire peuplé d’Arméniens qui se vide de sa population depuis l’offensive éclair de l’Azerbaïdjan il y a deux semaines…
Un exode massif qui inquiète et qui pose question : Et si l’Histoire se répétait ? Sommes-nous en train d’assister, un siècle plus tard, à un nouvel épisode du génocide arménien ? La communauté internationale a-t-elle fermé les yeux ? Que pouvons-nous faire aujourd’hui pour empêcher l’Azerbaïdjan d’aller encore plus loin ?
On en débat avec :
Vincent Duclert, Historien des génocides, ancien directeur du Centre Raymond Aron (CESPRA, EHESS-CNRS), auteur de « Arménie – Un génocide sans fin et le monde qui s’éteint » aux éditions Les Belles Lettres (06/10/2023)
Lucile Schmid, Co-fondatrice et vice-présidente du think tank « La Fabrique écologique »
Gaïdz Minassian, Journaliste au Monde, enseignant à Sciences Po Paris, expert international associé au Centre de recherches internationales de Sciences Po Paris
Faustine Vincent, Journaliste au service international du journal Le Monde
Tigrane Yégavian, Chercheur à l’Institut chrétiens d’Orient (ICO), professeur à l’Université International Schiller, auteur de « Géopolitique de l’Arménie » aux éditions Biblio Monde (06.23)
Présenté par : Karim Rissouli, Camille Diao Chroniqueurs : Laure Adler, Arthur Chevallier Maison de production : France Télévisions / Together Media
Les relations des Arméniens avec la Ville sainte n’ont jamais cessé depuis le IVe siècle, pour culminer à l’époque des croisades, quand les premières Reines de Jérusalem étaient arméniennes.
Dans la division de la vieille ville de Jérusalem, le quartier arménien, avec son patriarcat, est à part, traduisant l’ancienneté de la présence arménienne dans cette ville qui est, hors d’Arménie, le plus important conservatoire de sa culture : inscriptions, sculptures, mosaïques, orfèvrerie, manuscrits ornés de superbes miniatures.
Abondamment illustrée, cette conférence sera un reflet de ce riche passé décrit par de nombreux voyageurs européens au cours des siècles et présenté dans un musée ouvert en octobre dernier. Claude Mutafian dédicacera l’ouvrage qu’il a publié sur le sujet
Claude Mutafian
Docteur en Histoire Maître de conférences en Mathématiques à l’Université Paris-XIII Spécialisé dans l’histoire arménienne Militant de la cause arménienne