La Communauté politique européenne expliquée en cartes

Quarante-quatre pays se sont réunis pour la première fois à Prague, jeudi 6 octobre, pour lancer le projet d’un cercle européen élargi.
Par Francesca Fattori et Victor Simonnet
Journal Le Monde du 06/10/2022 à 17h45

L’ensemble des Etats de l’Europe géographique, de l’Atlantique à l’Oural et de la mer du Nord à la Méditerranée et au Caucase, se sont réunis à Prague pour le premier sommet de la Communauté politique européenne (CPE). Soit quarante-trois chefs d’Etat et de gouvernement, auxquels s’ajoutera, en visioconférence, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Seuls absents, la Russie, Etat paria depuis l’invasion de l’Ukraine, le 24 février, et la Biélorussie, son alliée.

Il aura fallu le conflit ukrainien, la première guerre d’agression opposant deux Etats souverains sur le Vieux-Continent depuis la seconde guerre mondiale, pour qu’autant de pays européens se retrouvent réunis autour de la même table.

Lire aussi la tribune : « Un projet de “communauté politique européenne” a déjà existé et son histoire est aussi celle d’un échec »

C’est le président de la République française, Emmanuel Macron, qui a, le premier, évoqué ce projet le 9 mai à Strasbourg, avant de le présenter officiellement au Conseil européen du 23 juin. Son idée : proposer aux Etats aux marges du continent et de l’UE, parmi lesquels plusieurs se sentent menacés par l’expansionnisme russe, une sorte d’« antichambre » aux instances européennes, une structure politique plus souple qui, sans se substituer à une éventuelle future adhésion, associe pleinement ces Etats à la famille européenne dans le domaine de la coopération économique, pour le préparer à intégrer pleinement l’Union.

Si cette rencontre peut ainsi laisser entrevoir l’architecture future d’une grande Union européenne qui épouserait enfin les limites géographiques du continent, l’exercice est diplomatiquement périlleux, tant cet ensemble élargi rassemble des Etats aux relations géopolitiques parfois très conflictuelles.

C’est le cas, par exemple, de la Grèce et de Chypre d’un côté, opposés à la Turquie au sujet du contentieux frontalier en Méditerranée orientale et de la République turque de Chypre du Nord, reconnue uniquement par Istanbul. Ou encore l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, deux pays qui, après s’être affrontés en 2022 au sujet de l’enclave séparatiste du Haut-Karabakh, s’accusent l’un l’autre d’incursions territoriales. Autre sujet géopolitiquement sensible, celui qui oppose la Serbie à plusieurs pays balkaniques : d’une part, après la guerre de 1998, Belgrade refuse toujours de reconnaître l’indépendance du Kosovo ; de l’autre, il soutient à bas bruit les forces séparatistes de la République serbe de Bosnie, une entité fédérale gouvernée par Sarajevo.

La présence, dans la CPE, du Royaume-Uni, premier Etat à avoir volontairement quitté l’Union en 2020, est également très scrutée : certains observateurs espèrent voir Londres réintégrer le giron européen alors que les négociations avec Bruxelles sur les conséquences du Brexit restent très conflictuelles.

Francesca Fattori et Victor Simonnet

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