La couverture du conflit du Haut-Karabagh dans les médias en France

LE RENDEZ-VOUS DE LA MÉDIATRICE par Emmanuelle Daviet
France culture le 15-10-2020

Le traitement éditorial du conflit du Haut-Karabagh suscite l’intérêt des auditeurs. Pour leur répondre, Emmanuelle Daviet reçoit Arnaud Bousquet, directeur de la rédaction de France Culture dans le rendez-vous de la médiatrice.

Emmanuelle Daviet : « Comment les journalistes peuvent-ils parler d’armée séparatiste en parlant de l’Armée nationale d’Arménie et celle de la République du Haut Karabagh. Cette notion de « séparatisme » me semble reléguer le combat des arméniens du Haut-Karabagh à un caprice de provinciaux gâtés, et l’utilisation systématique du terme « séparatisme » sur France Culture me semble correspondre à un discours politiquement correct ne voulant fâcher personne mais n’expliquant rien aux auditeurs. »
Que peut-on répondre à cet auditeur ?

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Le manque d’attention de l’Occident pour le conflit au Nagorny Karabakh n’est pas seulement regrettable, il est aussi criminel

La Libre Belgique – Publié le 16-10-2020

Les agences de presse occidentales évoquent en général un « séparatisme arménien » quand ils couvrent le conflit au Nagorny Karabakh. Une aberration historique et sémantique, qui rend floues les responsabilités dans le conflit ainsi que son réel enjeu.

Benoit Lannoo, historien et consultant en relations inter-religieuses

Le manque d’attention de l'Occident pour le conflit au Nagorny Karabakh n’est pas seulement regrettable, il est aussi criminel

Même quand La Libre Belgique – bien informée cependant par son excellent collaborateur-spécialiste des chrétiens d’Orient – reprend une dépêche des agences de presse sur le conflit au Nagorny Karabakh, il est question de « forces arméniennes séparatistes » (LLB du 12 octobre). Du point de vue du droit international, cette allégation peut être défendue, mais d’un point du vue historique et sémantique, elle est totalement aberrante.

Le Haut-Karabagh est une région historique arménienne ; à un moment de l’histoire arménienne, elle était même la seule à être restée libre et autonome.

Imaginez-vous qu’on dise des Palestiniens qui se battent pour leur propre État qu’ils sont des « séparatistes » en Cisjordanie, territoire qui appartiendrait à l’État d’Israël ; seuls les partisans de l’annexionisme du gouvernement de Benjamin Netanyahu oseraient s’exprimer dans ces termes. Qui dirait du Taïwan qu’il s’agit d’une « province rebelle de la Chine », sauf le régime communiste à Beijing ? Ces exemples ne sont pas anodins et ils démontrent combien il est important de voir les événements dans leur contexte historique, même si le passé semble parfois dévolu.

La région que les arméniens appellent « Artsakh«  appartenait déjà au Royaume d’Arménie avant notre ère. De surplus, ce royaume était, dès la conversion de Roi Tiridate IV sous l’inspiration de Grégoire l’Illuminateur en 301, la première nation à adopter le christianisme comme religion d’État. L’Empire romain n’a suivi qu’une décennie plus tard, avec l’Édit de Milan promulgué par l’Empereur Constantin le Grand ; et le christianisme y devenue religion d’État qu’en 392, sous l’Empereur Théodose. Entretemps, la Perse sassanide avait envahi l’Arménie ainsi que la Géorgie, également déjà chrétienne.

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