Haut-Karabakh : Sylvain Tesson regrette le « silence assourdissant » de l’Europe

France Inter le 18 nov 2020

Sylvain Tesson, écrivain, auteur de « L’énergie vagabonde » (Robert Laffont, collection Bouquins) et « Un été avec Homère » (tiré de son émission d’été à France Inter) revient d’un reportage au Haut-Karabakh où un conflit oppose l’Azerbaïdjan, soutenu par la Turquie, face à l’Arménie.

« Mon coeur me porte vers l’Arménie », explique l’écrivain Sylvain Tesson, invité d’Inter mercredi matin. Il revient du Nagorny Karabakh et son reportage doit paraître dans le Figaro Magazine ces prochains jours, assorti d’une tribune signée par 120 personnalités. « Mon coeur me porte vers l’Arménie, pour des raisons qui tiennent à mes affections culturelles, spirituelles, intérieures », poursuit-il. « La France avait un lien d’amitié profonde avec l’Arménie – cette relation n’est pas complètement morte mais elle est en hibernation – et j’y suis parti pour apporter la preuve que nous ne les oublions pas totalement. »

« Il ne s’agit pas d’une guerre de territoire. »

« J’ai vu un peuple mobilisé, un peuple en larme. Des femmes, des hommes, des vieillards qui reprennent des vieux fusils employé en 1994 », raconte l’écrivain. « Ça m’a ému, de voir ce peuple, pour qui il ne s’agit pas d’une guerre de territoires, de défendre un potager. Ce qu’ils défendaient, c’était leur vie sur terre. Ce peuple là a encore le souvenir du Génocide de 1915, orchestré par le voisin turque qui a essayé de les rayer de la carte. Ils savent que se jouer là n’est pas un conflit territorial, mais c’est essayer de ne pas disparaître de la surface de la Terre. » 

À propos de ce conflit, Sylvain Tesson regrette le « silence assourdissant qui a régné de la part de l’Europe qui n’a même pas daigné considérer qu’il y avait eu des manquements profonds aux droits de l’Homme et aux Conventions »« Le président Macron a réagi en pointant le fait que c’était une agression azérie et turque. (…) Et l’exécutif français a également signalé l’emploi de mercenaires djihadistes dépêchés par la Turquie contre les Arméniens. »

« L’Azerbaïdjan est le possesseur du Haut-Karabakh, ça été décidé par Staline, en 1923. C’est leur argument d’ailleurs. Mais je pense que quelque chose est supérieur au droit international et au droit stalinien : c’est l’Histoire, ses préséances, ça s’appelle le passé. » Sylvain Tesson poursuit : « Je considère qu’on ne peut pas appeler ‘droit international’ les dissections cartographiques de Staline. » 

« L’Arménie, c’est un royaume chrétien, le premier du monde, même. » 

« Malheureusement, la France, qui n’a plus tellement de roman, de récit, de grande idée à offrir à sa société a trouvé la laïcité. Mais quand cela devient l’oubli absolu de son origine et de ses racines, c’est tout à fait terrible. Or la France fût un royaume chrétien et on ne peut rien comprendre à son histoire, son architecture, son art, ses paysages et même sa démocratie si l’on fait l’économie de penser que nous avons été Chrétiens. Et pour cette raison là, nous avons un peu négligé ce qu’il s’est passé là bas. On prend ça pour des confins, le début de l’Orient. Mais non, c’est une échauguette de l’Occident qui fut chrétien et qui est en train de tomber et cela contribue à notre silence », poursuit l’écrivain.  

L’INVITÉ DE 8H20 : LE GRAND ENTRETIEN
Mercredi 18 novembre 2020

Sylvain Tesson Écrivain
Nicolas Demorand Journaliste
Léa Salamé Journaliste

Sylvain Tesson invité de La Grande Librairie
par François Busnel le 18 nov 2020

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