Dimanche 7 Mai 2023, l’Amicale des Arméniens du Périgord et France-Musa Dagh ont coorganisé un hommage à l’amiral Louis DARTIGE DU FOURNET en dévoilant son buste devant l’église de Saint-Chamassy (Dordogne).
En septembre 1915, l’Amiral Louis DARTIGE du FOURNET a décidé avec l’Amiral DARRIEUS et les Chefs Arméniens Esayi Yacoubian et Pierre Dimlakian, l’évacuation, sur la plage du Ras el Mina, des 4092 Arméniens du Musa Dagh, pendant le génocide des Arméniens.
L’inauguration du buste de l’amiral dans la ville où se trouve sa tombe s’est déroulée sous la présidence d’honneur de S.E. Madame Hasmik TOLMAJIAN, Ambassadeur de la République d’Arménie en France
De nombreux porte-drapeaux encadraient la stèle pour cette cérémonie solennelle et très émouvante.
A Biarritz, ce lundi 24 avril, la cérémonie de commémoration du Génocide des Arméniens a eu lieu devant la stèle de la Mémoire future, au Monument aux morts, en présence de monsieur le Sous-Préfet Fabrice Rosnay, de madame le Maire Maider Arosteguy et ses adjoints, de la sénatrice Frédérique Espagnac, du député Vincent Bru, de Mr le Consul (h) de Russie, Alexandre de la Cerda, des maires de Bayonne, Anglet, Cambo et différentes personnalités, ainsi que de plus de 100 personnes venues honorer la mémoire des 1,5 million victimes du 1er génocide du XXe siècle..
Après l’allocution du Président d’AgurArménie Clément Parakian* rappelant notre combat pour la reconnaissance internationale du génocide en particulier par la Turquie, surtout notre lutte contre l’oubli qui semble irrémédiable et l’allocution du sous-Préfet, plusieurs gerbes ont été déposées.
Faisant suite au salut des drapeaux, à la sonnerie aux morts et à la Marseillaise, le poème « Apatride » de Océlyane est lu par Lucie Houbouyan, puis la magnifique voix de Marie-Isabelle Branco élève vers nos ancêtres la mélodie traditionnelle arménienne Sareri hovin memem.
A l’issue de la cérémonie, qui se termine au son du duduk., l’Association a offert le verre de l’amitié. L’émotion et le partage étaient encore au rendez-vous.
La commémoration du 108e anniversaire du génocide des Arméniens a eu lieu, lundi 24 avril, à Biarritz. Elle a mis en lumière le sort tragique des 120 000 Arméniens du Haut-Karabagh actuellement otages de l’Azerbaïdjan
Le rendez-vous annuel, devant la stèle de la Mémoire future au monument aux morts de Biarritz, a réuni ce lundi 24 avril à Biarritz de nombreuses personnes sensibles à la cause arménienne, aux côtés des autorités civiles et militaires, parmi lesquelles se trouvaient le sous-préfet Fabrice Rosay, le député Vincent Bru, la sénatrice Frédérique Espagnac, la maire Maider Arosteguy… Des dépôts de gerbes, précédés de discours et suivis de l’interprétation d’une chanson traditionnelle arménienne, ont marqué cette commémoration.
Clément Parakian, le président de l’association Agur Arménie, avait écrit un discours érudit, mettant l’accent sur l’oubli. « Je constate amèrement qu’année après année, l’oubli ronge subrepticement la mémoire d’un peuple, d’une civilisation. Nous, restes pitoyables et errants des ‘sans retour possible’, sommes en route vers le bord d’un gouffre abyssal dont le nom est oubli… L’oubli, la sentence redoutée d’un génocide en voie de réussite sans n’avoir jamais existé. L’oubli est la pierre philosophale de l’État turc qui cherche à transmuter les torrents de sang de millions de morts arméniens, assyro-chaldéens, yézidis, alévis, grecs, … en rivière potable. »
Silence des gouvernements européens
Pour lutter contre ce délétère oubli, le président a demandé aux élus de la Côte basque d’imiter Biarritz et sa stèle de la Mémoire future : « Je vous propose que chacune de vos communes adopte dans son espace une référence aussi modeste soit-elle à l’Arménie, un square Charles-Aznavour, une place du 24-Avril-1915, etc. Ces petites pierres blanches de reconnaissance réchaufferaient le cœur des Arméniens intégrés ou de passage. » Elles contribueraient à ce que l’Arménie ne tombe à jamais dans le gouffre de l’oubli.
Pour ce qui est de l’actualité, la situation tragique des 120 000 Arméniens du Haut-Karabagh, retenus dans cette enclave par l’Azerbaïdjan, a été pointée par Clément Parakian qui a dénoncé le silence des gouvernements européens.
Documentaire sur Art TV disponible du 25/04/2023 au 24/07/2023 Revoir sur Art Tv
Par la magie de l’animation, l’odyssée d’une rescapée du génocide des Arméniens au formidable instinct de survie, qui joua son propre rôle à Hollywood en 1918.
En avril 1915, pendant la Première Guerre mondiale, l’Empire ottoman commence à déporter, affamer et massacrer systématiquement sa population arménienne. Archalouïs Mardikian, une jeune fille de 14 ans, vit alors au sein d’une famille prospère et unie dans la ville de Tchimichgadzak (aujourd’hui en Anatolie orientale). Prévenu du danger par l’un des bergers kurdes qu’il emploie, son père se refuse à fuir avec les siens. Peu après, son fils aîné et lui sont fusillés avec les autres hommes arméniens de la ville, tandis que les femmes et les enfants entament une marche de la mort vers le désert syrien, dont la plupart ne réchapperont pas. En moins d’un an, l’adolescente assiste à d’innombrables atrocités et voit tuer tous ceux qu’elle aime, en dehors d’un cousin encore bébé qu’elle parvient à sauver, et d’une petite sœur miraculeusement retrouvée des années plus tard. Vendue et évadée deux fois, elle est envoyée par la résistance arménienne aux États-Unis au début de 1918 (via Saint-Pétersbourg, en pleine révolution bolchevik !), où elle recherchera en vain son frère aîné. Chargée de mobiliser l’opinion publique, elle raconte sa terrible odyssée à un journaliste qui, sous couvert de philanthropie, l’utilise comme marchepied vers la gloire. Après l’armistice, Hollywood s’empare de son récit, paru en feuilleton dans la presse, puis en livre, pour tourner un film muet, dans lequel Aurora (son prénom a été américanisé, son nom changé en Mardiganian) accepte de jouer son propre rôle. Sur le plateau, les traumatismes qu’elle s’est efforcée de refouler la submergent, mais Auction of Souls (Âmes aux enchères) est un immense succès.
Tribut
Quelques mois après la sortie du film, Aurora s’effondre au cours d’une éreintante tournée de promotion imposée par son mentor qui, furieux, la fait enfermer dans un couvent dont elle s’échappe une fois encore. Mais si son histoire et son visage ont déclenché un formidable afflux de dons au bénéfice de son peuple, ils tombent rapidement dans l’oubli, et toutes les bobines du film disparaissent, à l’exception de rares fragments, retrouvés en 1994, quelques mois après sa mort. Dix ans plus tard, à la veille du centenaire du génocide, Inna Sahakyan découvre l’archive vidéo d’un entretien filmé avec celle qui est devenue une vieille dame. La réalisatrice arménienne choisit de raconter cet incroyable périple de survivante par le biais de l’animation, au fil de dessins délicats qui, tel un tribut posthume offert à Aurora et à tous ceux qu’elle a vus périr, adoucissent l’horreur sans l’édulcorer. Entremêlé d’extraits de son témoignage et d’images du film perdu, ce splendide long métrage documentaire, dont la fabrication a été retardée par diverses catastrophes, parmi lesquelles la reprise de la guerre du Haut-Karabakh, en 2020, a été choisi par l’Arménie pour la représenter aux Oscars 2023.
CEREMONIE NATIONALE de COMMEMORATION du GENOCIDE des ARMENIENS Lundi 24 Avril 2023 à 11h – Devant la Stèle de la Mémoire future Esplanade des Anciens Combattants de Biarritz
AgurArménie, Association Culturelle France-Arménie du Pays basque, vous invite à participer au 108e anniversaire du début du génocide des Arméniens de 1915.
La cérémonie officielle se déroulera au pied de la stèle de la Mémoire future au Monument aux Morts de Biarritz en présence de Monsieur Fabrice Rosay, sous-Préfet de Bayonne et de Madame Maider Arostéguy, Maire de Biarritz, ainsi que des personnalités. L’Association AgurArménie souhaite vous retrouver nombreux pour cet hommage aux martyrs de ce génocide et à leurs enfants qui portent la douleur d’une tragédie reconnue par la France mais encore niée par l’État turc.
Les premières exactions du Sultan Abdul Hamid, excédé par les pressions occidentales qui souhaitaient que l’Empire ottoman adoptât des réformes pour améliorer le sort lamentable des populations chrétiennes, firent 300 000 victimes arméniennes. Toute la classe politique française s’insurgea contre cette élimination brutale : Jean Jaurès, Anatole France, Georges Clémenceau, Georges Duhamel, et tant d’autres, qui qualifièrent le sultan de « Grand Saigneur » ou de « Sultan rouge ». Ce fut la première étape du désastre des Arméniens.
1909
Un gouvernement ottoman appelé « Jeunes Turcs », renversa le sultan sanguinaire et suscita l’émotion et l’espoir des Chrétiens de l’Empire ottoman. Mais en 1909, la rage nationaliste se développa de nouveau et ce gouvernement déclencha les massacres d’Adana qui firent 30 000 victimes. Ce fut la deuxième étape de l’élimination des Arméniens.
24 avril 1915
Profitant du chaos de la 1ère Guerre mondiale, un plan dûment ourdi par Talaat (ministre de l’Intérieur), Enver (ministre de la Guerre) et Djemal (ministre de la Marine) entraîna l’élimination, dans la nuit du 24 avril 1915, des 600 intellectuels d’Istanbul, puis l’assassinat des hommes par petits groupes, séparés de leur famille, et enfin la déportation et le massacre programmés des populations restantes composées de femmes, d’enfants et de vieillards.
C’est ainsi que disparurent dans la phase ultime du génocide, 1 500 000 Arméniens, 300 000 Grecs Pontiques, 250 000 Assyro-Chaldéens et 100 000 Syriaques chrétiens. Après ces différentes phases de l’élimination, la population chrétienne de 30 % dans les années 1915, est passée à 0,01 % dans la Turquie actuelle …
Les descendants des survivants commémorent ce lundi 24 avril 2023 le 108e anniversaire du 1er Génocide du XXe siècle.
Qui vit au Haut-Karabagh ? Pourquoi la région est-elle attribuée à l’Azerbaïdjan lors de la création de l’URSS? Pourquoi Arméniens et Azerbaïdjanais ne parviennent-ils pas à s’entendre ? Nous tentons de répondre à toutes vos questions sur le conflit du Haut-Harabagh qui embrase le Caucase depuis plus d’un siècle.
Publié le 20 avril 2023 par « L’œuvre d’orient »@uvredorient9322
« Quel avenir pour le Karabagh et l’Arménie aujourd’hui ? Relations avec les pays voisins » conférence présentée par le pasteur René Léonian, Pasteur de l’Église Évangélique Arménienne de France, docteur en Théologie, diplômé des Hautes Etudes de Pratiques Sociales, titulaire de la Chaire d’Arménologie UC Lyon
Dans le tumulte de la guerre en Ukraine, les bruits inquiétants qui nous viennent du Caucase risquent de ne pas être entendus. Pourtant, dans les régions frontalières de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, les tensions ne faiblissent pas.
Avec
Vahé Ter Minassian journaliste scientifique et spécialiste de l’Arménie, auteur d’ Arménie, Chronique de la IIIe République
Tigrane Yegavian Diplômé de Sciences Po Paris et des Langues’O, Tigrane Yégavian est journaliste et arabisant.
Les tensions ne faiblissent pas dans les régions frontalières de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan. Depuis deux mois, le Haut-Karabakh, que se dispute les deux pays, est coupé du monde.
Mais le conflit s’est compliqué depuis l’invasion de l’Ukraine. En effet, l’Azerbaïdjan a remplacé la Russie comme fournisseur d’hydrocarbures depuis que cette dernière est sous sanctions, et Moscou se désengage de son rôle historique de garant de la sécurité arménienne.
C’est aussi dans la société arménienne que les choses évoluent. Des franges entières de la population accusent le gouvernement de trahison, et l’appelle à renouer les liens avec la Russie, tandis que d’autres se lassent d’un conflit coûteux.
Nos invités éclairent aussi le rôle de l’importante diaspora arménienne et de sa mobilisation.
Le rédacteur en chef du journal Agos, Hrant Dink a été assassiné à Istanbul le 19 janvier 2007 par un nationaliste turc. Dink œuvrait pour la reconnaissance du génocide arménien ainsi que pour la réconciliation entre les peuples turc et arménien. Son assassinat a profondément affecté les Kurdes de Turquie persécutés et victimes d’assassinats politiques/racistes.
Au moment de sa mort, il était jugé pour avoir enfreint l’article 301 du code pénal turc et « avoir dénigré la turcité ». Dink a été assassiné à Istanbul alors qu’il rentrait dans les bureaux d’Agos.
Le tueur se serait présenté comme un étudiant de l’Université d’Ankara qui souhaitait rencontrer M. Dink. Lorsque sa demande a été rejetée, il a attendu un moment devant une banque voisine. Selon des témoins oculaires, Dink a été abattu par un homme de 25 à 30 ans, qui a tiré trois coups de feu à la tête de Dink dans le dos à bout portant avant de s’enfuir à pied. Selon la police, l’assassin était un homme de 18 à 19 ans. Deux hommes avaient été placés en garde à vue dans les premières heures de l’enquête policière, mais avaient ensuite été relâchés.
Un jour après l’assassinat, la police a annoncé que le tueur avait été identifié à partir de séquences vidéo de surveillance.
Les agences de presse ont rapporté que le tireur avait été identifié comme étant Ogün Samast, un adolescent né en 1990 et enregistré comme résidant à Trabzon.
12 Février 2023, André Manoukian Quintet à la Halle aux Grains de Toulouse
Jazz et Musique Arménienne, Concert organisé par ODYSSUD
Mardi 21 Février 2023,Cérémonie de commémoration du Groupe Manouchian Monument à la Gloire de la Résistance, situé aux Allées Frédéric Mistral, 31000 TOULOUSE
Jeudi 30 Mars 2023, Conférence Le Patrimoine Arménien en Péril Université Toulouse 1 Capitole dans l’amphithéâtre Couzinet à partir de 17h30
Conférence de Patrick Donabédian, chercheur au laboratoire d’archéologie médiévale et moderne en Méditerranée d’Aix-en-Provence, Clémentine Bories, professeure à l’Université Toulouse Capitole spécialisée en droit international de la culture, Martine Corral-Regourd, directrice du Master 2 Administration et Communication des Activités Culturelles et Hovhannès Guévorkian, Représentant en France de la République d’Artsakh
Lors d’une soirée exceptionnelle, le Collège des Bernardins a accueilli Sylvain #Tesson et Jean-Christophe Buisson entourés de Mgr Gollnisch, Tigrane #Yégavian, Nora #Martirosyan et Pascal #Bruckner afin de faire entendre la voix des #Arméniens et de lancer un plaidoyer pour leur venir en aide.
Le Collège des Bernardins est un espace de liberté qui invite à croiser les regards pour cheminer dans la compréhension du monde et bâtir un avenir respectueux de l’homme.
En Turquie, la mémoire arménienne s’éveille À la nuit tombée, dans la pénombre d’Istanbul, un restaurant perpétue les traditions culinaires arméniennes depuis plusieurs générations. C’est une institution. L’une des rares d’une minorité dont on a voulu effacer la trace. Dans cette cité écartelée entre Orient et Occident, la présence arménienne peut encore s’observer, à qui sait bien regarder, dans l’architecture, les arts ou la littérature. Une réussite passée sous silence. Mais aujourd’hui, parmi les Arméniens d’Istanbul, ils sont une poignée à se battre pour porter avec fierté le flambeau de leur passé.
De profonds bouleversements sont en cours dans le Caucase. L’Arménie, plus vulnérable que jamais, subit la poursuite à bas bruit d’une guerre d’anéantissement menée par l’Azerbaïdjan. Le régime de Bakou attise par tous les moyens l’arménophobie au sein de sa population.
LE DDV : REVUE UNIVERSALISTE
Tigrane Yégavian, enseignant, chercheur, auteur de Géopolitique de l’Arménie (Bibliomonde, 2022) Article paru dans Le DDV n° 689, hiver 2022
L’Arménie est-elle en danger de mort ? Cette question ne devrait pas être posée, pourtant la guerre que l’Azerbaïdjan et son allié turc mènent contre l’Arménie exsangue et les conséquences qui en découlent nous rappellent que le génocide de 1915 se poursuit, à un degré variable d’intensité.
Le seul récit fédérateur azéri se fonde sur la haine des Arméniens, une haine nourrie par le traumatisme causé par la perte de près de 15 % de la superficie du pays en 1993-1994.
Claude Mutafian à l’émission Cartes sur Table de Radio Ayp du 26 nov 2022 à l’occasion du salon du livre « Armen’livres »
A l’occasion de la publication de son dernier livre « Jérusalem et les Arméniens » Claude Mutafian nous retrace l’historique de la restauration du musée du quartier arménien de Jérusalem. Il en a fait un livre remarquable.
« Armen’livres », le salon du livre arménien organisé par la Maison de la Culture Arménienne d’Alfortville. Sont avec nous : Arax Der Kevorkian, présidente de la MCA d’Alfortville Hovig Ananian, directeur de médiathèque Claude Mutafian, historien
Historien spécialiste de l’ère médiévale arménienne, le nom de Claude Mutafian est indissociable de celui de l’ancien royaume d’Arménie cilicienne. Présent au colloque de l’Université de Lomonossov, en coopération avec la fondation pour le développement des études arméniennes « ANIV » consacré à la diaspora arménienne et à l’histoire des relations arméno russes, il s’est intéressé aux trésors arméniens du musée de l’Hermitage
Par Tigrane Yegavian
TY: Quelle est la spécificité de la collection arménienne du musée de l’Hermitage ? D’où provient la plupart des pièces ?
CM: L’origine et les provenances sont très variables. Par exemple, il y a un évangile arménien illuminé copié à Gênes autour de 1330, qui est un don de la République Socialiste Soviétique d’Arménie à l’Hermitage.
Notons aussi deux portes en bois originaires d’un monastère arménien de Crimée sur lequel il y a des inscriptions arméniennes datant du XIVe siècle. La collection arménienne de l’Hermitage compte aussi des sceaux en particulier deux uniques au monde : le sceau du prince roubénide Toros II, qui date du XIIe siècle, et un autre inscrit en grec de l’impératrice Marie Paléologue. Elle était la sœur du roi Heithum II de Cilicie et l’épouse de l’héritier du trône de Byzance. Ces sceaux, je les avais exposés à la Sorbonne en 1993 et l’évangile de Gênes au Vatican en 1999. Sans doute, la pièce la plus importante de la collection arménienne de l’Hermitage est le reliquaire de Skevra, en argent, où sont conservées des reliques de saints. Il date de 1292. Cela correspond à l’année de la chute de Hromkla, le siège du Catholicossat de Cilicie pris par les Mamelouks. Skevra était un des monastères les plus importants du royaume arménien de Cilicie. Au dos on peut lire une longue inscription qui est une sorte de poème – lamentation sur la chute de Skevra. Cette pièce d’orfèvrerie exceptionnelle avait été trouvée en Italie au XIXe siècle et achetée par un comte russe Basiliski. À son décès, l’Hermitage avait acheté toute sa collection dont le reliquaire. Pendant longtemps, ces objets étaient dispersés et pour la plupart non exposés dans le musée. Heureusement, depuis une dizaine d’années il existe une salle arménienne à l’Hermitage qui a regroupé les pièces arméniennes.
TY: Comment a évolué l’arménologie en Russie tsariste puis soviétique ? Quelle est son origine ?
CM: Il faut reconnaître que sous l’URSS, l’arménologie était assez développée. Il y avait des grands savants à commencer par l’actuel directeur de l’Hermitage Pietrovski qui a réalisé des fouilles archéologiques en Arménie. L’intérêt pour l’histoire de l’Arménie commence avec la conquête par les Russes du Caucase sud au début du XIXe siècle. Les Russes se sont trouvés directement au contact de l’architecture, des ruines arméniennes. Nicolas Mar a joué un rôle pionnier à Ani. Il y avait certes des Russes mais aussi des Arméniens vivants en Russie qui ont été très actifs. Le plus célèbre étant Karen Yuzbachian à Saint Petersburg qui avait notamment fait un travail gigantesque de traduction d’historiens arméniens vers le russe.
L’Institut Lazareff est également une preuve de l’intérêt portée à l’Arménie, la langue arménienne était enseignée au sein de cette institution qui est devenue le siège de l’ambassade d’Arménie à Moscou.
Sous le règne de Catherine II, il y eut un cas de déplacement de populations arméniennes vers les marges de l’Empire pour des raisons militaires. C’est Mgr Hovsep Akhurtian, le prélat des Arméniens de Russie de l’époque, qui lui avait conseillé de déplacer des Arméniens de Crimée et de les installer aux frontières. Deux villes furent ainsi fondées en Bessarabie : Nor Nakhitchevan et Gregoriopol, cette dernière se situe dans l’actuelle Moldavie. Cette émigration a été immortalisée encore sur un reliquaire qui s’appelle le reliquaire de Haghpart, actuellement exposé au musée d’Histoire nationale d’Arménie à Erevan.
TY : Pendant un an et demi nous avons raconté tout un pan de l’histoire des Arméniens à travers le témoignage de personnalités et d’anonymes. Quel est le regard de l’historien sur l’initiative 100 LIVES et Aurora Prize ?
CM: C’est un travail important que le vôtre. Par principe, j’ai toujours soutenu l’idée qu’il fallait sortir du ghetto arménien et s’adresser à des non-arméniens. C’est ce que j’essaie de faire constamment. Mais cela ne m’empêche pas d’accorder de l’importance aux enfants. Je fais par ailleurs souvent des conférences dans des écoles arméniennes. Il faut leur raconter des histoires, ma tâche est plus aisée grâce aux nouvelles technologies en matière d’illustration. Il est intéressant de noter au passage que dans l’histoire de la chaire d’études arméniennes des Langues’O à Paris, quasiment tous les titulaires sans exception jusqu’à la fin du XXe siècle étaient des non arméniens (Dumézil, Meyet, Macler, Feydit Mahé…). Une très bonne chose. Au XIXe siècle un des plus grands arménologues, le français Philippe Brosset travaillait à Saint Petersburg, il fut un des plus grands arménologues de son temps avec Langlois et Dulaurier.
Alexandre Devecchio reçoit Jean-Christophe Buisson, directeur adjoint du Figaro Magazine et Tigrane Yegavian, géopolitologue d’origine arménienne spécialiste du Caucase dans « En toute vérité ».
Alors que l’Azerbaïdjan orchestre depuis un mois le blocus de l’enclave du Haut-Karabakh, la communauté internationale reste passive face aux risques existentiels qui pèsent sur l’Arménie.